TCA : 7 erreurs fréquentes de l’entourage… et quoi faire à la place ?
Mieux comprendre & mieux accompagner
Comment aider son enfant sans renforcer involontairement le trouble ?
Lorsqu’un enfant ou adolescent souffre de troubles des conduites alimentaires (TCA), ses parents cherchent naturellement à le rassurer, à le convaincre ou à apaiser ses inquiétudes. Pourtant, certaines réactions bien intentionnées peuvent parfois renforcer involontairement le trouble.
Voici quelques pièges fréquents et des pistes concrètes pour accompagner son enfant autrement, sans culpabiliser.
Quand les bonnes intentions se heurtent au TCA
Lorsqu’un enfant ou un adolescent souffre d’un TCA, ses parents se retrouvent souvent dans une position difficile. Ils voient leur enfant souffrir, s’inquiéter, éviter certains aliments, se peser, culpabiliser ou se dévaloriser. Ils cherchent naturellement à le rassurer, à le raisonner, à le protéger.
Et pourtant, malgré tous leurs efforts, ils ont parfois le sentiment que rien ne fonctionne : les mêmes inquiétudes reviennent, les mêmes discussions se répètent, les mêmes arguments semblent ne jamais atteindre leur objectif et les relations peuvent même se dégrader avec d’un côté des parents qui pensent « avoir tout essayé » et de l’autre un ou une jeune qui « ne se sent pas vraiment compris ».
Pourquoi ?
Parce qu’un TCA ne se résume pas à un problème de logique, de volonté ou de compréhension. Il s’accompagne souvent de peurs, de règles rigides, de pensées envahissantes et de comportements qui procurent un soulagement temporaire, mais contribuent à maintenir les difficultés.
L’objectif n’est donc pas de devenir un parent parfait, ni de trouver les mots justes. Il s’agit plutôt d’apprendre à repérer certaines réactions spontanées et à explorer d’autres façons d’être présent auprès de son enfant.
Erreur n°1 : vouloir convaincre par la logique
« Mais tu sais bien qu’il faut manger pour être en bonne santé ! »
« Tu n’as aucune raison de penser ça »
« Ce que tu dis n’a pas de sens »
Face à une inquiétude qui paraît irrationnelle, il est tentant d’apporter des arguments rationnels. On explique, on démontre, on cherche à prouver que la peur n’est pas fondée.
Le problème, c’est que la personne souffrant d’un TCA ne manque pas nécessairement d’informations. Elle peut savoir intellectuellement que s’alimenter est nécessaire, que son corps a besoin d’énergie ou que son poids ne définit pas sa valeur. Cela ne suffit pas toujours à faire disparaître la peur intense.
À force d’argumenter, on risque de transformer chaque repas ou chaque inquiétude en débat, dans lequel le parent cherche à convaincre et le trouble trouve de nouveaux arguments pour résister.
À essayer à la place :
- Je vois que cette idée te fait vraiment peur.
- Je comprends que ce soit difficile pour toi, même si je ne partage pas ce que le trouble te fait croire.
- Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec cette croyance pour reconnaître qu’elle est très présente.
L’objectif est de reconnaître la souffrance sans entrer dans une bataille d’arguments (et sans donner raison au trouble.)
Erreur n°2 : rassurer sur le poids ou la silhouette
« Mais non, tu n’as pas grossi ! »
« Tu es très bien comme tu es »
« Ça va s’harmoniser » (lors d’une reprise pondérale..)
Ces paroles partent souvent d’une intention aimante : apaiser l’inquiétude de son enfant et l’aider à se sentir mieux dans son corps.
Mais lorsqu’un enfant s’inquiète de prendre du poids à tel endroit de son corps, répondre que la silhouette va s’harmoniser revient malgré soi à entrer dans le débat proposé par le trouble : où les kilos se situent-ils ? Est-ce acceptable ? Est-ce que cela va changer ?
La conversation reste alors centrée sur l’apparence et sur la nécessité de vérifier que le corps correspond aux attentes (de la personne). De plus, si le soulagement dépend de la confirmation du parent, le ou la jeune peut être tenté.e de solliciter à nouveau cette réassurance lorsque l’inquiétude revient.
À essayer à la place :
- Je vois que les changements de ton corps t’inquiètent beaucoup.
- Ça doit être difficile de ressentir autant d’inquiétude à propos de ton corps.
- Je peux rester avec toi pendant que tu traverses cette inquiétude.
Il ne s’agit pas d’ignorer la souffrance, ni de refuser toute parole réconfortante. Il s’agit de ne pas faire de la silhouette le sujet à résoudre à tout prix.
On peut accueillir la peur sans valider les exigences qu’elle impose.
Erreur n°3 : minimiser la difficulté pour aider son enfant à relativiser
« Ce n’est pas si grave. »
« Tu te prends trop la tête. »
« Il y a des choses plus importantes dans la vie. »
Lorsqu’une inquiétude paraît disproportionnée, on peut vouloir aider son enfant à prendre du recul. On lui rappelle que d’autres aspects de sa vie méritent son attention ou que la situation n’est pas aussi préoccupante qu’il le pense.
Mais cela ne fait pas disparaître la place immense que cela prend dans son expérience intérieure : la peur, la honte ou la culpabilité ne disparaissent pas parce qu’on leur explique qu’elles ne devraient pas être aussi fortes.
Et cela peut renforcer le sentiment d’être incompris.e, voire coupable de ne pas parvenir à relativiser…
À essayer à la place :
- Je vois que ça prend beaucoup de place dans ta tête en ce moment.
- De mon côté, je ne le vis pas de la même façon, mais je comprends que ce soit très difficile pour toi.
- Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi dans cette situation ?
Reconnaître l’intensité d’une émotion ne signifie pas confirmer qu’elle soit aussi dangereuse que le trouble le prétend.
Erreur n°4 : surveiller, contrôler ou commenter chaque comportement
« Tu es sûre que tu as tout mangé ? »
« Pourquoi tu n’as pas goûté à ça ? »
« Je t’ai vue regarder les calories sur l’emballage. »
Lorsqu’on a peur pour la santé de son enfant, il est compréhensible de devenir particulièrement attentif à ses comportements alimentaires. On observe, on vérifie, on pose des questions, parfois même sans s’en rendre compte. C’est très fréquent au sortir d’une hospitalisation notamment, quand la crainte de devoir réhospitaliser est encore très présente.
Certaines mesures de surveillance peuvent être nécessaires dans le cadre de la prise en charge, notamment lorsque la sécurité médicale ou les besoins nutritionnels l’exigent. Mais une vigilance permanente, en dehors d’un cadre défini avec les professionnels, peut aussi installer une relation dans laquelle chaque prise alimentaire devient un moment d’évaluation.
L’enfant peut alors se sentir constamment observé, jugé ou réduit à sa maladie. Le parent, de son côté, finit par avoir le sentiment de devoir tout contrôler et se sentir responsable d’une éventuelle « rechute ».
Ce qu’il est préférable de faire :
- Définir avec les professionnels qui entourent la situation les points qui nécessitent réellement une vigilance ;
- Éviter les commentaires sur les quantités, les choix alimentaires ou les comportements observés ;
- Maintenir, autant que possible, des échanges et des moments partagés qui ne tournent pas autour du TCA ;
- Rappeler qu’il est possible de s’appuyer sur les professionnels.
Il s’agit de développer une présence qui soutient sans transformer toute la relation en dispositif de contrôle.
Erreur n°5 : faire des comparaisons pour relativiser ou encourager
« Ton frère / ta sœur mange de tout. »
« À ton âge, moi aussi j’avais des complexes. »
« Regarde tes amies, elles ne se posent pas toutes ces questions. »
Les comparaisons peuvent sembler utiles pour montrer que certaines difficultés sont fréquentes – surtout à l’adolescence – ou que d’autres personnes parviennent à les surmonter.
Mais elles risquent surtout d’accentuer le sentiment de ne pas y arriver ou de décevoir (parce qu’on n’y arrive pas..). Dans les TCA, les phénomènes de comparaisons occupent déjà une place importante.
À essayer à la place :
- Tu n’as pas besoin de vivre les choses comme les autres pour que je prenne ta difficulté au sérieux.
- Ce qui compte, c’est de trouver de l’aide adaptée qui t’aidera à comprendre ce qui te bloque.
- On va avancer à partir de là où tu en es, sans se comparer aux autres.
Erreur n°6 : transformer les repas en épreuve de volonté
« Fais un effort pour moi. » ou « Fais-moi plaisir.»
« Si tu voulais vraiment guérir, tu mangerais. »
« Tu pourrais le faire si tu le décidais. »
Le parent peut être épuisé, inquiet, parfois en colère. Il peut avoir l’impression que son enfant refuse l’aide qu’on lui propose ou qu’il suffirait d’un effort supplémentaire pour que les choses changent…
Pourtant, les comportements liés au TCA peuvent être associés à une anxiété intense, à des règles rigides ou à un besoin de contrôle qui dépasse largement une simple question de volonté. Présenter le repas comme un défi ou un test de la motivation risque d’ajouter de la culpabilité à une situation déjà difficile.
Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à structurer les repas et aux objectifs de soin. Selon la situation, fixer des limites et s’en tenir au cadre est indispensable.
Astuce :
Il est toujours possible de s’en remettre à ce qui était prévu avec les professionnels. Ce rappel sera rassurant pour la personne concernée et permet à l’aidant (au parent) de ne pas endosser toutes les responsabilités aussi.
Ne pas chercher à « enlever » la peur, privilégier le fait de traverser la difficulté « ensemble ».
Il est possible de maintenir un cadre sans transformer les difficultés en épreuve de volonté.
Erreur n°7 : ne plus parler que du TCA
La maladie occupe souvent une place de plus en plus importante dans le quotidien, et finit parfois par envahir les conversations, les repas, les sorties et les préoccupations de toute la famille.
Les échanges autour de l’alimentation, des difficultés et des progrès peuvent être nécessaires, notamment dans le cadre du soin. Mais si le TCA devient le principal sujet de la relation, l’enfant risque de ne plus se sentir reconnu autrement qu’à travers ses difficultés alors même qu’il lui est déjà extrêmement difficile de se penser en dehors du trouble.
Ce qui aide concrètement :
- C’est de continuer à s’intéresser à ses centres d’intérêt, à ses amitiés, à ses projets et à ce qui lui fait plaisir.
- C’est aussi et surtout de partager des moments qui ne sont pas conditionnés par les progrès réalisés dans le soin.
- Et de lui rappeler, par sa présence et son attention, qu’il reste une personne à part entière, et pas seulement quelqu’un qui souffre d’un TCA.
Le trouble mérite d’être pris au sérieux, mais il ne doit pas devenir l’unique prisme à travers lequel on regarde son enfant.
Alors, que faire quand on ne sait plus quoi dire ?
Il n’existe pas de formule magique. Une phrase qui aide un jour peut ne pas convenir le lendemain. Et certaines situations nécessitent des réponses précises, en lien avec les professionnels qui accompagnent.
Quelques repères peuvent néanmoins guider l’entourage.
1. Accueillir avant de chercher à résoudre.
2. Distinguer la personne du trouble.
3. Ne pas chercher à faire disparaître immédiatement l’inconfort.
4. S’appuyer sur les professionnels.
5. Prendre soin de soi aussi (très important !)
Être un parent aidant, ce n’est pas être un parent parfait.
Les réactions évoquées ici ne font pas de vous un mauvais parent. Elles témoignent souvent d’une tentative de protéger, de rassurer et de retrouver un peu de prise sur une situation qui échappe à tout le monde.
L’essentiel n’est pas de ne jamais se tromper. C’est de pouvoir observer ce qui se joue, ajuster progressivement sa façon de répondre et ne pas rester seul face aux difficultés.
Et si vous vous sentez démuni, rappelez-vous que vous aussi, vous avez le droit d’être accompagné.