Mon histoire avec la boulimie commence comme celles de beaucoup de jeunes filles qui en ont souffert.
J’ai 20 ans, l’âge où l’on se lance dans la vie adulte, où l’horizon est infini, où tout est possible. J’entame de grandes études, je voyage beaucoup, je suis bien entourée, une famille en or, des amis fidèles et bienveillants, je suis jolie, j’ai « tout » pour être heureuse comme j’entends souvent. Mais en moi, tout s’écroule. Je suis perdue dans les firmaments de mon être. Faute de savoir qui je suis, je joue au caméléon et m’adapte à chaque personne, à chaque situation. Un jeu de rôle qui m’éloigne chaque jour un peu plus de moi. Les crises de boulimie se font sentir, comme une force incontrôlable qui demande sont dû, je n’ai pas le choix. C’est plus fort que moi. Je mange des grosses quantités de nourriture et en ressort apeurée de prendre du poids. Pour compenser, j’entame des régimes sévères, des jeûnes, des plans alimentaires extrêmement rigoureux, dignes d’entraînement militaires. Je mets mon corps à rude épreuve : privation, excès alimentaire, vomissement, rupture avec le plaisir… De toutes façons, je le déteste lui qui grossit, qui se déforme, qui mange. Je me dégoûte et je suis totalement perdue. Ce traumatisme silencieux me brise petit à petit.

Mais, comment moi qui suis d’une nature si gentille, si bienveillante, si compréhensive, je peux me « détester » à ce point ? Pourquoi je déteste mon corps ? Si « je » peux être bienveillante et aimante alors qui est ce « je » qui peut maltraiter, haire, détester à ce point ? Ce jour-là, totalement épuisée je comprends que je ne suis pas mon comportement boulimique. Que je ne suis pas non plus cette voix, ces pensées, qui m’assomment à coups de « tu n’es pas assez bien », « tu dois perdre du poids et être très mince pour être acceptée et aimée ».
Cette prise de conscience est fondamentale dans mon rétablissement. Première brèche vers la découverte de ma dimension spirituelle et ma « renaissance ».  J’ai eu la chance d’être coachée et accompagnée toutes ces années par une femme exceptionnelle, Catherine Brettes, coach pair-aidante sur Paris, un vrai mentor pour moi.

De là, commence un voyage intérieur initiatique qui a littéralement changé ma vie. Une vraie renaissance. Je suis partie à la recherche de ce « Je » bienveillant et aimant. C’est dans mon calme intérieur où mon mental se tait, dans ma conscience vaste et présente à chaque instant que j’ai renoué avec mon Essence, mon vrai « moi », mon « Soi » comme on le nomme parfois. J’ai pris conscience que tout ce qui est vivant dans notre monde ne fait « qu’un ». Que toute séparation n’est qu’illusion. Moi qui me voyais comme le centre de mon monde, séparée des autres et du vivant, je prends conscience que tout ce qui « est », n’est pas forcément perceptible par mes sens. En effet, l’énergie, les vibrations sont bien présentes autour de nous, nous reliant les uns aux autres, et pourtant je ne les ressens pas avec mes 5 sens. Comme l’Air qui nous entoure, qui est impalpable…
Je réalise que cette fausse croyance a engendré en moi une grosse pression, celle d’être parfaite, de devoir toujours être à la hauteur des attentes des autres et de la société, de ne pas avoir le droit à l’erreur. Je passe de « conductrice principale » de ma Vie à « passager », et la pression tombe. Je réalise que ne suis pas seule, que je fais partie d’un « tout » comme chaque goutte d’eau, chaque vague font partie de l’océan. Le « conducteur » est l’Univers, la puissance de vie qui fait fleurir les magnolias au printemps, fait chanter les oiseaux ou encore permet aux femmes de donner la Vie. Mon mental reprend une place « normale » et mon cœur, mon corps et mon ressenti prennent les commandes.
Je démasque cette fausse identité à laquelle je me suis identifiée et attachée durant toutes ces années grâce à l’enseignement de Darpan. Son livre « l’aventure intérieure » fut une vraie révélation, un trésor pour ceux et celles qui souhaitent des éclairages et clés de compréhensions à leur aspiration spirituelle.

En écoutant mon ressenti et surtout en respectant mon corps, les crises de boulimie s’estompent… pour disparaître en quelques mois.

Je connais la détresse des troubles alimentaires. Je sais trop bien le désespoir et la souffrance. Malgré cela, la boulimie m’a permis d’ouvrir les yeux, de renaître et a complètement changé ma vie. Je dirais même qu’elle fût pour moi une bénédiction. Je sais que ce mot est fort et j’aurais sûrement eu du mal à le lire lorsque je souffrais de mon trouble alimentaire mais il est pourtant vrai. La boulimie a provoqué chez moi une révolution intérieure. Elle m’a permis d’acquérir une profonde connaissance de moi-même, psychologique et spirituelle. De gagner en intelligence humaine et surtout de m’aimer. Elle m’a aussi rapproché des autres car l’Amour n’a pas de frontières et lorsque l’on s’y ouvre, il se propage autour de nous.

Pour finir ce témoignage je dirais également que l’héritage de ce trouble m’offre aujourd’hui les meilleures armes pour faire face aux vicissitudes et aux obstacles de la vie.

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