Mercredi 2 février 2022 je me suis entretenue avec Cathy Lazare, communicante engagée pour l’UNAFAM. Le mot « miraculées » est apparu dans la conversation et m’a inspirée ce petit texte humble mais qui me tenait à coeur de partager. J’ai écris comme c’est venu, veuillez pardonner le côté « décousu ».

« Miraculée » je le suis à plusieurs reprises. La première fois peut-être lorsque je me suis ouvert la tête contre les murs de l’hôpital ; mon père est entré dans la chambre et m’a demandé « que s’est-il passé ce matin ?

Je n’ai pas su répondre. Les soignants l’ont invité à sortir alors que les larmes pointaient : « c’est peut-être la dernière fois que vous verrez votre fille ».

Pour la première fois au cours de cette longue hospitalisation on m’a ouvert l’accès aux wc. Je me suis vue dans la glace. Zéro souvenir du pourquoi comment on m’avait recousu le visage. Je n’avais presque plus de cheveux. Une image glaçante rappelant les camps de concentration.

Miraculée, je l’ai été grâce au lien solide que j’avais avec mon thérapeute et lors d’un passage à l’acte dont la raison est et restera de l’ordre de l’intime…

Il y a eu l’après HDT : 1 an après je repesais 35 kgs. Les « 7 » kilos gardés m’ont peut-être sauvés la vie.

Puis ce fût une traversée du désert de plusieurs années avec une alliée de taille : ma mère.

Du mieux qu’elle pouvait elle essayait de me changer les idées, me faire positiver, c’était peut-être maladroit mais en tenant elle-même le cap c’est certainement ce qui m’aidait le plus : la maladie englouti aussi les proches…

Je me souviens de ses massages. C’était notre « rituel bien-être ». Elle tentait par là de me réconcilier avec mon corps et cachait ses larmes : il n’y avait plus que des os à masser.

Comme quoi pas besoin de faire médecine pour comprendre l’importance du psycho-corporel 🙂

Nos balades en forêt avec mon fidèle labrador étaient ma seule distraction / motivation à sortir de chez moi au moins une fois par jour.

Le retour à l’emploi a mis un peu de temps. Difficile de se projeter quand l’esprit est encombré de pensées sombres et que les images/flashs traumatiques de l’hospitalisation forcée sont encore très présents.

Je n’avais pas ou peu de suivi : une psychiatre de ville qui me demandait si je mangeais et me prescrivait un anti-dépresseur.

J’en ai longtemps voulu à mon père d’avoir signé l’HDT*.

C’est en « grandissant » que j’ai compris que cela avait certainement été la décision la plus difficile à prendre dans sa vie.

La demande implicite : « rendez-nous la guérie ».

Et l’impuissance ensuite des proches pour faire sortir leurs « gamins » de là. Cela dit j’ai vu des parents très combatifs et horrifiés de ce qu’ils découvraient dans ces lieux sordides.

Je me suis sentie abandonnée à l’HP. J’imagine sans mal aujourd’hui que cela n’a pas dû être l’été le plus « fun » pour mes parents. La famille avait d’autres emmerdes à gérer dans le même temps, soit dit au passage.

En devenant marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie j’ai autant appris des familles que des patients/usagers.

Je fais parfois des points avec les parents de mes coachés aussi mais c’est rare : je travaille peu avec les jeunes.

Les patients-clients qui viennent me voir ont le plus souvent entre 30 et 40 ans, des années de maladie derrière eux, disent avoir écumé un peu tout ce qui se fait. Lassés des hospis-rechutes-réhospi et pas vraiment d’entre deux entre le « c’est gravissime » ou le « c’est rien ».

Je n’ai pas de but précis dans ce témoignage. J’avais envie de souligner l’importance du travail avec les proches, le rôle des familles, des fratries (même si je parle peu de mon frère, il a vécu l’histoire à sa manière).

J’avais envie de remercier mon père et ma mère qui n’ont malheureusement pas frappé aux bonnes portes même s’ils auraient remué ciel et terre pour me redonner le goût de vivre.

L’accès à l’information dans les TCA est difficile, quand ce n’est pas la « prise en otage » avec des professionnels qui se contredisent parfois les uns les autres :

Qui croire ? Que faire ? Comment agir au mieux sans blesser l’autre au passage ?

Le déni existe aussi chez les proches. Pour l’anecdote mon père a « appris » mon anorexie par un collègue après un coup de fil « Ah oui, ta fille, celle qui est anorexique ! » (coup de bambou sur la tête)

L’anorexie fait l’effet d’1 bombe 💣 quand en apparence « tout va bien ».

Devenu trésorier de l’association que j’avais fondée il a fait un témoignage touchant en parlant de « flashs backs » : bien sûr avec le recul on aurait dû savoir / voir / et bien sûr (ré)agir…

Culpabilité quand tu nous tiens.

Il faut aider les aidants.

Je terminerai ce monologue assez personnel sur cette phrase tellement évidente et pourtant…

*HDT = Hospitalisation sur Demande d’un Tiers (aujourd’hui SPDT) 

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach certifiée praticienne en ACT, Auteure, Consultante en santé mentale

Membre de l’Association Francophone pour une Science Comportementale et Contextuelle et de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive

Marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

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