Contrairement à de nombreuses idées reçues, les symptômes d’une anorexie mentale ne se limitent pas au contenu de l’assiette, aux questions de poids ou de calories. Souvent, ces patients présentent des traits de personnalité communs, notamment, un certain perfectionnisme. Mais cette maladie implique aussi une forme de psychorigidité qui n’est pas révélatrice de leur caractère habituel. Cette rigidité, faite de règles diététiques mais aussi sociales et comportementales, présente un véritable frein à la démarche de soins.

Ce sont, en effet, ces barrières mentales qu’il va falloir déconstruire avec douceur pour avancer vers la guérison.

Une étude datant de 2019 a essayé de déterminer le niveau de connaissance dans le domaine de la nutrition chez les personnes atteintes de TCA. Les patients ont été classés en fonction de leurs âges, leurs lieux de vie, leurs niveaux d’éducation, le type de TCA dont ils souffrent et leurs implications ou non dans une prise en charge diététique et psychologique. Plus de la moitié des personnes interrogées n’étaient pas suivies par un spécialiste de la nutrition.

Avant le début du test, les participants évaluent leur niveau de connaissance en nutrition. La majorité estime posséder un bon niveau de connaissance, alors même que le test révèle un niveau plutôt moyen.

L’étude révèle que le niveau de connaissance le plus faible se retrouve chez les patients les plus jeunes, qui vivent dans des villes de plus petite taille, avec un niveau d’éducation moindre. Ces personnes ont également un IMC « anormal » (considéré comme trop haut ou trop bas par rapport à la norme actuelle), et ne sont pas suivis par un spécialiste de la nutrition. Les patients avec un IMC « normal » c’est-à-dire compris entre 18,5 et 25 ont généralement de meilleures connaissances et même que ceux souffrant d’hyperphagie. Ces derniers tendent moins à classer les aliments dans des cases « bons » ou « mauvais » et ont donc moins d’idées reçues.

Souvent basées sur de fausses croyances, les règles diététiques enferment le patient dans un schéma alimentaire intransgressible.

Le cheat meal

Cet exercice peut être proposé en coaching lorsque l’on avance sur le chemin de la guérison. Je commence par rappeler au patient qu’il n’y a pas de « bien » ou « pas bien ».

Le principe : il s’agit de choisir dans la liste d’aliments « interdit » un aliment que la personne accompagnée sent de pouvoir ravoir en bouche et d’en manger soit un morceau, soit une bouchée.

Avant de pratiquer cet exercice je propose de revenir à soi-même :

– par la respiration

– en prenant quelques instants pour mobiliser ses sens dans la pièce ici et maintenant

Puis de noter ce qui a été vécu dans cette nouvelle expérience (l’aliment choisi, comment elle se sent dans son corps avant de le manger, si elle a mangé l’aliment entier, comment elle s’est sentie après l’avoir observé et touché, et ainsi de suite jusqu’à « comment je me sens maintenant ? » « Vais-je en remanger ? » « Le remettre dans mon alimentation hebdomadaire ? Mensuelle ? » « La semaine prochaine, est-ce que je (re)découvre un nouvel aliment ? » Si oui, le noter…

SP

Seuls les aliments considérés comme diététiquement bons vont être sélectionnés. Ce sont ceux qui vont avoir le moins d’impact possible sur le poids. Ils peuvent varier d’une personne à l’autre en fonction de ses propres convictions. Ces aliments deviennent rassurants et le moindre écart représente pour le malade une peur insurmontable. Il faut donc évidemment dompter (apprivoiser ?) cette anxiété pour espérer retrouver une alimentation variée. Une éducation diététique peut jouer un rôle intéressant pour lutter contre les idées biaisées. Mais c’est avant tout la réintroduction progressive de toutes les catégories d’aliments qui peut, petit à petit, abattre les barrières. L’anxiété vis-à-vis d’un aliment diminue à mesure de sa consommation régulière. C’est donc un long travail de remise en confiance qui va permettre un assouplissement mental des patients.

Il faut rappeler également que chaque aliment à une utilité importante dans le bon fonctionnement du corps, du métabolisme et donc du poids. Le contrôle des besoins nutritionnels via la tête en oubliant l’écoute du corps entrainent souvent un dérèglement qui aura un impact tôt ou tard sur la gestion de la santé et du poids. Seul le corps est capable de se réguler et de connaitre ces besoins exacts au moment présent. Mettre de la souplesse sur toutes les règles qu’impose la Maladie, permet également de se reconnecter à son corps et de répondre au mieux à ces réel besoin en Kcal, mais également en vitamines et minéraux afin de gérer au mieux son poids et son métabolisme.

Expérimenter le rassasiement sensoriel spécifique et global 

Consommation d’un plat apprécié divisé en 6 portions égales :

  • Choisir un aliment désiré, recette précisément définie.
  • Pour chaque portion, noter :
    • L’estimation du nombre de portions adéquates (0 à 6).
    • Faim (0 – 10), envie (0 – 10), plaisir gustatif (0 – 10)
  • Déguster et s’arrêter dès que le plaisir gustatif faiblit.
  • Encore faim ? Si oui, de quoi ai-je envie ?

Réitérer l’exercice sur 4 déjeuner, noter les cognitions, émotions, sensation et se peser J1 et J4.

EB

L’ACT, la thérapie d’acceptation et d’engagement ou entraînement à l’acceptation et l’engagement repose sur six principes qui s’associent pour favoriser la flexibilité psychologique et comportementale. Ces processus sont :

  • La défusion cognitive
  • L’acceptation
  • L’action engagée
  • Les valeurs
  • Le contact avec le moment présent
  • Le soi comme contexte

En coaching, nous abordons chacun de ces principes en fonction de ce qui se présente et de ce qui peut être utile pour atteindre les objectifs. Une grande partie du travail se fait lorsque l’on améliore la compréhension du processus.

Pour cela on utilise beaucoup de métaphores. Prenons l’exemple des règles que l’on suit dans la vie, comme celle de ne traverser que lorsque le petit bonhomme est vert. Cette règle est utile bien sûr. La suivez-vous toujours ? Pourquoi ? Il est vrai que si les feux tombent en panne la règle perd de son utilité…

Nous amenons le patient à s’engager vers les personnes et les choses importantes pour lui/elle tout en développant la flexibilité. Il s’agit d’accroître les répertoires émotionnels et comportementaux pour donner plus de choix.

Je peux être amenée à expliquer ou réexpliquer l’intérêt du plan alimentaire lorsqu’il y en a un et l’utilisation de mon parcours sert à illustrer qu’on arrive à se détacher des « sacro saintes » règles sans lesquelles on pensait ne pas pouvoir vivre… 

J’observe souvent un besoin de réassurance, comme une validation de ma part que le plan est adapté. Ce n’est pas mon rôle par contre je m’assure que la personne y trouve du sens en parlant de ses valeurs et de ce qu’elle souhaite arroser et voir grandir en elle. Le chemin de la guérison est plus « facile » quand on y met du sens.

J’ai en tête la phrase d’une patiente anorexique qui « remerciait » sa diététicienne de lui avoir appris à compter les calories…

C’est peut-être cette phrase qui a inspiré cet article afin de mettre en lumière le rôle clé des diététiciens dans la prise en charge des troubles alimentaires, l’importance de bien connaître ces pathologies, et l’intérêt de la pluridisciplinarité.

Il ne s’agit pas de mettre des règles sur les règles ou bien de la rigidité à la rigidité ! C’est tout l’inverse et ce travail subtil doit se faire en tenant compte des peurs, que dis-je, des terreurs des patient.es souffrant de troubles du comportement alimentaire.

l’ACT ne vise pas à modifier la fréquence, la forme, ou l’intensité des expériences psychologiques douloureuses pour le patient, mais plutôt à intervenir sur les multiples moyens déployés pour les éviter.

Elsa BIZET, diététicienne

www.elsabizet-dieteticienne.com

Sabrina PALUMBO-GASSNER, coach

www.corps-et-ame-en-eveil.com

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