Combien de patients confient ne pas oser « tout dire » à leur psy(chiatre) de peur de voir leurs conditions de prise en charge se durcir et surtout par peur des menaces d’hospitalisation ?

Si elle ne s’impose pas toujours, l’hospitalisation peut être une bonne chose, pourvu qu’elle soit préparée, discutée, acceptée. C’est l’occasion de poser ses valises. Souffler par rapport à la maladie. Participer à des ateliers de psycho éducation. Il est plus facile de combattre une maladie que l’on comprend…

Une question qui revient fréquemment : faut-il aller voir une personne spécialisée dans le traitement des troubles alimentaires ?

A cette question on peut répondre oui, quand c’est possible, mais en réalité il n’y a pas suffisamment de personnes formées.

Je complète ma réponse en expliquant que le professionnel qui a fait le plus gros « boulot » avec moi est médecin généraliste. Il a été un peu mon premier « psy ». Je m’explique…

Grâce au lien de confiance qu’il a su instaurer dès les premières consultations j’ai pu m’ouvrir à lui, aborder des sujets intimes, osé dire… Ce lien de confiance est précieux. En coaching on l’évalue au bout de quelques séances. Comment travailler ensemble si ce lien n’existe pas ? SP

Les personnes anorexiques sont intelligentes. Elles savent ce qu’il faut dire ou ne pas dire pour servir leurs intérêts ou – disons-le – ceux de la maladie. C’est souvent la cause d’un certain « rejet » de la part des professionnels qui peuvent les percevoir comme des personnalités manipulatrices quand elles ne demandent qu’une chose : être aimées. En tous cas c’est comme cela qu’elles le perçoivent. Le lien, lui, se délite de plus en plus et la personne malade n’arrive pas à sortir de la muraille de l’anorexie.

Cette muraille, cette carapace, elle l’a construite pour se protéger d’un environnement vécu comme hostile ou dangereux. C’est sa réalité subjective. Il n’y a qu’un réel lien de confiance qui peut permettre d’enlever couche après couche cette carapace et surtout pas d’un coup, au risque que tout s’effondre.

L’anorexie et la boulimie s’invitent insidieusement chez quelqu’un. Au départ, la personne s’en ressent plus forte, l’entourage peut d’ailleurs en faire des retours élogieux. « Elle allait si bien avant ça ». Et puis à un moment cela commence à déraper. La personne a la conviction qu’elle va pouvoir se reprendre en main. Mais le temps passe, et la situation s’empire. La honte s’installe et se propage. Entre incompréhension et culpabilisation, la personne se débat dans une tempête qu’elle a du mal à maîtriser. C’est alors que l’entourage s’inquiète. Le rendez-vous chez le médecin ou le psy s’impose.

S’il a le malheur de ne rien comprendre au problème, cela ne va que renforcer le besoin de gérer sans l’aide de personne, avec l’impression qu’il suffit juste de le vouloir très fort. Pourquoi renoncer à un équilibre qui m’a fait tant de bien à un moment ? Pourquoi je n’arrive plus à m’y tenir ? Pourquoi faudrait-il que je fasse tout le contraire de ce qui m’a permis de réussir jusqu’à maintenant ? Le cadre qui était imposé si simplement avant, n’arrive plus à se maintenir, et on me demande de ne plus le rechercher… ?

En soi c’est à n’y plus rien comprendre. Alors il vaut mieux trouver un thérapeute qui s’y connaît. Et à défaut d’en trouver un, car c’est une denrée rare, un soignant qui sait être à l’écoute et sans jugement sera déjà très efficace.

L’anorexie et la boulimie emmène les non initiés à contre-sens du thérapeutique. Les réflexes sont de forcer, tordre le cou à toutes ses injonctions. Mais la clé est dans l’empathie. Il faut changer de terrains. C’est-à-dire se reconnecter à l’émotionnel et laisser de côté la raison. La maladie maîtrise le discours et la logique. Mais elle est à nue face à l’émotion, et l’accompagnement doit se faire à cet endroit. Le soignant doit pouvoir mettre de côté toutes les injonctions de soin pour simplement être à l’écoute. Une écoute profonde que la personne elle-même ne sait pas s’accorder. Il faut l’emmener et l’aider à développer sa propre empathie vis-à-vis de soi-même. En travaillant de cette manière un lien de confiance va pouvoir s’installer dans la relation entre la personne et son thérapeute. Et c’est cette confiance qui va permettre à la personne de s’en sortir.

On dit souvent que les personnes qui souffrent d’anorexie et/ou de boulimie sont manipulatrices, quelles mentent et dissimulent. Lorsque le lien est simplement humain, et qu’on ne part pas du principe que la personne nous la fait à l’envers, et bien il n’y a pas de mensonge.

Ces affirmations sont odieuses, inappropriées, non professionnelles, et éthiquement pernicieuses. Elles témoignent d’un manque de remise en question. Il est manifestement plus facile pour certains de dire d’un patient qu’il ment ou qu’il est « réfractaire au soin », plutôt que de se dire je me trompe dans les soins que je propose. AR

Aude Réhault, psychologue

Sabrina Palumbo-Gassner, coach

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