J’exerce un travail prenant. Je pourrais me réveiller la nuit mais pas vraiment (en dehors des insomnies qui sont cycliques) car j’ai mes bulles d’oxygène où je me déconnecte de la souffrance à laquelle je suis confrontée la journée. Par contre, lorsque je suis en « down » (nous avons tous des jours avec et des jours sans) il m’arrive d’avoir des réminiscences et je me réveille systématiquement à 5h du matin. Peut-être mon inconscient a-t-il enregistré l’heure à laquelle je devais me lever à l’hôpital pour prendre ma douche avant les autres patients et avant d’être à nouveau enfermée à clefs.

Alors, ai-je rencontré un ange infirmier ou bien une personne possédant une bonne dose de psychologie et sachant inspirer confiance et instaurer le dialogue ? Certainement une personne à l’écoute et pleine d’empathie pour les personnes en souffrance.

Je ne me suis pas posé la moindre question sur le moment. C’est en sortant de l’hôpital, et alors que nous étions sur la route pour les vacances avec mes parents, que j’ai repensé à lui. Je ne sais pas pourquoi j’ai demandé à mon père s’il croyait aux anges gardiens. La question n’était pas préméditée, le terme m’est venu spontanément. Sa réponse m’a surprise. Il m’a dit qu’effectivement un ange était venu lui parler dans ses rêves. 

Extrait de « L’âme en sursis, le corps en éveil »

MA VISION DU REVE

Le rêve n’est pas déconnecté de la réalité. Il y a une vie dans le rêve. Parfois j’ai même l’impression de travailler la nuit et mon sommeil se fait moins réparateur.

Je parle souvent aux personnes auxquelles je tiens dans mes rêves. Je mène de vraies conversations où tout est simple où les mots sont justes. Il n’y a ni non-dits ni tabous. Je ne sais pas si cela sert à quelque chose et si on peut se parler d’inconscient à inconscient mais lorsque cela se présente mes nuits sont moins reposantes. Peut-être que ça me permet de mieux communiquer ensuite en journée ?

Je crois aux intuitions. A des prises de conscience qui se font en rêvant, d’où l’intérêt de noter ses rêves. Il s’agit de noter ses rêves au réveil pour vivre plus pleinement sa journée. Je me demande si le travail que l’on fait en thérapie s’intègre aussi plus facilement la nuit.

Concernant le coaching, j’intègre dans mes outils un travail sur les rêves (au sens aspirations) qui aborde les objectifs à moyen ou long terme et les moyens ou étapes pour les réaliser.

Parfois le rêve peut-être notre bulle de protection, le seul endroit où on se sent bien et libre. C’est ainsi que lorsque j’étais en dépression je trouvais refuge dans le sommeil.

FOCUS SUR LES TCA

Les personnes en prise avec un TCA sont souvent « dans leur tête » c’est-à-dire coincées dans le mental. Elles sont dissociées (tête/corps) et les rêves ne sont pas incarnés.

C’est très difficile pour une personne anorexique d’analyser ses rêves, de leur donner corps car elle est coupée de ses émotions. Elle court-circuite ses émotions ne sachant comment gérer le trop plein.

Cette déconnexion du corps est un point commun avec les autres maladies psychiques. Retrouver une relation harmonieuse avec son corps et un véritable ancrage dans le réel est un enjeu important du rétablissement. Les approches psychocorporelles et émotionnelles sont intéressantes.

Quand on souffre de TCA les rêves nocturnes concernent souvent des rêves d’aliments, de crises voire cauchemars de tous les non-dits accumulés.

Les rêves sont un moyen d’échapper au présent et au TCA avec le fantasme que cela ira mieux plus tard/ailleurs/autrement. Ainsi le fossé se creuse encore plus entre le réel et le rêve.

Mais le rêve peut être aussi salvateur car c’est comme l’espoir (le socle du rétablissement) on a besoin de rêver pour survivre face à une réalité encore trop violente pour nous. 

La guérison passe aussi par un rêve : le rêve que c’est possible. Qu’il est possible de surmonter ces/ses troubles mais qu’il faut aussi être acteur réel de ce changement. Que le rêve reprenne sa place. C’est un objectif et il faut toujours viser la lune car en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. Il faut que la personne se sente à la hauteur de son rêve.

Sans rêve, sans espoir, on meurt.

Pas au sens physique mais au sens de l’âme vous l’aurez compris.

Je dis parfois que l’anorexie est une incarnation de travers avec un pied posé sur la terre. L’enjeu est donc de poser le deuxième pied pour réaliser ses rêves.

 

EN CONCLUSION…

Les rêves du sommeil sont :

– une porte vers ce qui nous touche / nous effraie / nous inquiète / nous anime

– une forme de langage intime qu’il nous relève d’apprendre à comprendre et reconnaître 

– de façon physiologique : la preuve qu’il y a assez de sérotonine donc de mélatonine

Le rêve dans le sens aspiration est :

– un lien vers ce qui nous anime et nous motive, nous permet de nous sentir vivant

– le moyen de vivre et nourrir nos aspirations profondes ainsi que nous valeurs

– un idéal pas forcément à atteindre mais vers quoi tendre et qui peut être évolutif

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach, Médiatrice de santé pair, Auteure

Marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

Co-créatrice de l’application Koala Family

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