2007, je sors d’une année à l’hôpital psychiatrique. Je me suis isolée, coupée de mes ami.es. Je n’ai pas de travail, ma seule occupation consiste à sortir mes chiens en forêt une fois par jour. Idées noires et préoccupations au sujet de la nourriture sont mon lot quotidien.

Un désert. Ma vie était vide à l’instar de mon ventre et mon âme hurlait à l’intérieur. Le téléphone, lui, prenait la poussière. 

Les troubles alimentaires sont revenus de plus belle à ma sortie d’hôpital. On oublie parfois de parler de la dépression qui leur est associée. C’était peut-être cela le plus difficile : le sentiment d’inutilité, l’impression que la vie ne vaut rien, la lassitude et le désintérêt généralisé. En réalité je ne trouvais pas ma place dans ce monde qui cogne sur l’hypersensibilité. Alors je comblais régulièrement le vide avec de la nourriture. Les tca sont un cercle vicieux un véritable enfer.

La dépression qu’elle soit décelable au premier plan ou dite masquée est omniprésente dans les troubles du comportement alimentaire. Elle doit être sérieusement pris en compte et traitée rapidement pour éviter qu’elle ne se chronicise. J’allais chez le psy sans bien voir l’intérêt d’un suivi qui se résumait à parler de choses superficielles et sortir avec ma prescription d’antidépresseurs. Je les prenais en me disant qu’à défaut de voir une amélioration ils m’évitaient sans doute d’aller « encore plus mal ». J’ai retrouvé du travail mais ça ne m’a pas aidée, je n’étais pas sollicitée, pas stimulée. Un mot résume cette période le mot souffrance.

J’ai commencé à me reconstruire le jour où mon travail a fait sens. Le jour où j’ai pu mesurer l’impact de mes actions et leur réelle utilité vis-à-vis de mes collaborateurs. Je m’occupais alors d’un comité d’entreprise et mon travail consistait en grande partie à améliorer le mieux-être des salariés. C’est à ce moment que j’ai changé de médecin traitant. Ce fut le premier professionnel qui m’a vraiment aidée. Il ne comptait pas ses heures avec moi. Puis j’ai poussé la porte d’un psychologue. Après des années d’errance je m’engageais enfin dans une démarche de soins.

Le psychologue m’a vue créer mon association. J’ai mis du temps avant d’oser lui dire que j’écrivais un livre. Au final, loin de me juger, il fut même d’accord pour me préfacer mais cela n’a pas été possible pour des raisons d’édition. Nous parlions de l’alimentation sans que ce soit l’unique sujet de nos échanges. Les tca ont reculé au fur et à mesure que je m’engageais vers ce qui comptait réellement pour moi : transformer mon expérience en quelque chose d’utile aux autres. Je me suis sentie encouragée dans cette démarche.

J’avais conscience d’avoir encore des choses à régler mais j’avais aussi conscience d’avoir appris suffisamment sur moi et la maladie pour transmettre des clefs de compréhension. Mieux comprendre permet de mieux guérir.

Je me suis tournée vers l’optimisme. Je me suis rendue à x conférences et débats. Il y a eu la rencontre de nombreux écrivains. Des lectures inspirantes. Je me suis remise au sport. J’ai découvert la méditation de pleine conscience et d’autres techniques qui m’ont aidée sur mon chemin de rétablissement.

Je relate mon chemin d’éveil dans le livre « L’âme en éveil, le corps en sursis »

Ma stratégie pour sortir de la dépression au final a été de devenir actrice de mon rétablissement (avec l’aide de professionnels). Toute l’énergie que j’ai mis à me détruire je l’ai mise à me reconstruire. Ce fut long ; la guérison n’en est que plus belle.

La maladie m’a fait un sérieux cadeau, elle m’a permis d’apprendre à me connaître. A connaître mes vulnérabilités autant que mes forces et mes ressources. Je suis comme tout le monde j’ai des jours avec et des jours sans. Je suis sensible au changement des saisons et je peux aussi me lever du pied gauche. Je peux me sentir un peu triste ou déprimée certains jours mais ça n’a rien à voir avec la dépression terrible que j’ai connue dans le passé. Je ne prends plus d’antidépresseurs mais je n’hésiterais pas si je sentais que j’en ai besoin. La dépression est une maladie répandue : l’Inserm estime à 20 % la part de la population française qui souffre au moins une fois dans sa vie de cette affection.  Les troubles alimentaires touchent environ 1,5 % des femmes de 15 à 35 ans avec un pic de prévalence chez la jeune femme de 15 à 25 ans (1,8 %). Les hommes sont aussi touchés. 6 à 10 femmes en souffrent pour 1 homme.

Je mets de l’ACT dans mes accompagnements.  Je l’ai d’abord expérimenté en tant que patiente au cours de ma trajectoire et j’ai trouvé cet outil puissant. En termes d’accompagnement dans le cadre des troubles alimentaires une psychothérapie est indispensable complétée d’un accompagnement par un psychiatre pour les prescriptions éventuelles et/ou des autres formes de thérapie. Il n’existe pas à ce jour de méthode thérapeutique reconnue pour son efficacité. Certaines thérapies conviendront mieux à certaines personnes qu’à d’autres. C’est la rencontre avec le thérapeute qui permet de décider si cette personne peut vous convenir. Il peut être nécessaire de faire plusieurs rencontres. Si vous pensez souffrir d’un trouble alimentaire ou un proche parlez-en.

Adresse mail pour me contacter : contact@corps-et-ame-en-eveil.com

Sabrina Palumbo-Gassner,

Coach, pair-aidante et secouriste en santé mentale, auteure

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