Jai rencontré l’ACT sur ma trajectoire de patiente. Mon deuxième psychologue a été le premier à me parler de mes valeurs et à proposer de faire un travail dessus. Cette approche, nouvelle pour moi, ma parlé. C’était quasiment la première fois, en plus de dix ans de lutte dans les tca*, que l’on me parlait d’autre chose que de mes symptômes. Je me suis sentie considérée dans mon ensemble et surtout autrement que juste celle qui « ne mange pas » ou bien celle qui « mange et qui se fait vomir ». En me rapprochant de mes valeurs jai pu façonner ma vie en étant centrée sur les personnes et les choses importantes pour moi, et ressentir ainsi une plus grande liberté. 

En novembre 2015 je suis invitée par le Dr Jean-Christophe Seznec à une journée débat « Les thérapies de 3ème vague : une révolution ? » suivie par la Journée de l’AFSCC**. J’y étais officiellement pour assurer des relais en communication. Pourtant, ce jour-là, après un moment d’hésitation j’ai eu la nette impression d’être « à ma place » et que ce rendez-vous n’avait rien d’un hasard (soit dit en passant j’ai ressenti une certaine fierté en voyant mon premier ouvrage entouré de ceux des spécialistes en psychothérapies…)

  • L’ACT est basée sur l’Analyse du Comportement et le renforcement. Les éléments qui sont pris en compte pour mener cette analyse fonctionnelle sont les antécédents, le comportement et les conséquences de ce comportement.
  • Les 6 processus de l’ACT sont généralement présentés à l’aide d’un outil thérapeutique dynamique appelé « hexaflex ». Chacune des 6 dimensions de l’hexaflex joue un rôle dans le passage de la rigidité à la flexibilité psychologique.
  • L’ACT peut être conçue comme une désintox progressive du besoin de contrôler son expérience intérieure.
  • La thérapie d’acceptation et d’engagement englobe deux processus fondamentaux : les processus d’acceptation et de pleine conscience et les processus de changement de comportement et d’engagement.

A peu près au même moment une initiative se lance à l’initiative du Dr Seznec, du Dr Yasmine Lienard accompagnés de quelques défenseurs de la pleine conscience : « S’asseoir Ensemble ». Une association se crée à Paris. Je rejoins très vite le collectif et nous méditons en divers endroits de la ville en invitant les passants à « s’offrir un instant ». Puis je collabore avec le Dr Lienard tout en continuant d’explorer le vaste champ de la pleine conscience. Je lis tous les ouvrages de Christophe André (je me rends également à de nombreuses conférences). Je me mets aussi à pratiquer la méditation de manière plus assidue. Je m’inscris au stage MBCT que japprécie : la dynamique de groupe y est top et je me dis que l’instructrice fait un super travail… Ces 8 semaines de stage me font beaucoup de bien !

Je commence tranquillement à me former et me professionnaliser dans le domaine de la santé mentale et je lance ma petite activité de coaching. Je vois bien que je me heurte régulièrement à mes limites et j’oriente lorsque c’est le cas. J’ai besoin de plus d’outils. Le dernier en date c’est lACT et le premier professionnel qui m’y initie est Jean-Christophe Seznec (cela doit être une histoire de karma !). Quoi qu’il en soit c’est parce que je l’ai expérimenté et que j’ai vécu des changements positifs grâce à l’ACT que j’ai eu à mon tour envie de m’y former et de mettre cet outil puissant au service des personnes que j’accompagne.

LACT : de quoi sagit-il ?

Dans les années 2000, une troisième vague de thérapies comportementales et cognitives voit le jour. Celle-ci succède à la vague comportementale (Pavlov) et la vague cognitive (Ellis et de Beck).

Cette troisième vague regroupe différentes thérapies comme la thérapie basée sur l’analyse fonctionnelle ou FAP (Functionnal Analytic Psychotherapy), la Thérapie Dialectique ou DBT (Dialectical Behavioral Therapy), la thérapie intrégrative pour le couple ou IBCT (Intégrative Behavioral Couple Therapy) ou encore la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience et ses divers protocoles et lACT (acceptation and comitment therapy).

Ces thérapies centrent leurs actions sur le ressenti émotionnel et utilisent des outils fonctionnels : l’acceptation, la pleine conscience, la défusion cognitive, la dialectique, les valeurs, la spiritualité et les relations. Fait nouveau chez les TCC, l’objectif de la thérapie n’est plus de supprimer la souffrance et ce qui la déclenche mais de travailler sur la relation que l’on entretient avec son expérience intérieure… En s’inscrivant dans le moment présent elles s’occupent du « comment » plutôt que du « pourquoi ».

LACT (Thérapie ou entraînement d’acceptation et d’engagement) est issue des thérapies comportementales. C’est une approche fondée sur la psychologie contextuelle qui promeut le changement comportemental en ciblant directement le fonctionnement de la personne ici et maintenant.

A l’aide d’outils concrets elle permet aux individus d’identifier l’important pour eux (leurs valeurs) et ainsi avancer vers leurs valeurs même en présence d’obstacles comme la peur, les pensées négatives ou les souvenirs douloureux. Cette habileté se nomme la flexibilité psychologique.

L’ACT concerne le choix de sa direction de vie et la manière d’être de plus en plus capables de s’en rapprocher au travers de ses actions, et cela même en présence dobstacles.

De nombreuses recherches suggèrent que la flexibilité psychologique pourrait être un élément clé de la santé mentale et du fonctionnement optimal…

La flexibilité psychologique, pour résumer, c’est la capacité à être davantage en contact avec l’instant présent et d’être capable de changer ou de persister dans des comportements lorsque ces derniers permettent d’atteindre des buts valorisés.

L’ACT s’est focalisée sur 6 processus qui s’associent pour favoriser la flexibilité psychologique :

  • La défusion cognitive
  • L’acceptation
  • L’action engagée
  • Les valeurs
  • Le contact avec le moment présent
  • Le soi comme contexte

Le travail sur les dimensions de l’hexaflex (voir encadré) permet d’augmenter la flexibilité au détriment de la rigidité.

L’ACT est une thérapie expérientielle. Mes coaché.es se prêtent quasiment toujours aux exercices avec une grande ouverture et curiosité. Cela est possible grâce au climat de confiance instauré, la fameuse « alliance thérapeutique » comme on l’appelle dans le jargon de la relation d’aide.

Dans l’accompagnement des Troubles du Comportement Alimentaire nous sommes souvent confrontés au souhait de retrouver une relation plus saine et plus apaisée avec l’alimentation et une relation à soi et au corps plus respectueuse. Derrière cette demande, et même si elle n’est pas formulée explicitement, se trouve souvent le souhait de pouvoir mieux fonctionner dans ses relations aux autres et se sentir aimé.e de manière globale (holistique). Cette demande est au cœur de l’approche ACT.

Pour vous donner une idée, comme pour l’apprentissage du vélo (j’utilise plus souvent la métaphore du surf), c’est en faisant que l’on apprend. Donner des instructions ne suffit pas. C’est aussi contre-intuitif et dans un premier temps moins efficace que de rouler à bicyclette ou surfer. On commence par un temps « d’observation » qui peut être assez frustrant je dois dire c’est pourquoi j’annonce la couleur. Ensuite la trajectoire est incertaine tandis que l’effort est important…

Les personnes qui se lancent dans un travail de coaching à visée thérapeutique font une démarche courageuse et qui demande de l’engagement. Je dis souvent : « c’est toi qui fais le boulot ! » Je ne suis là que pour accompagner les premiers tours de roue, les coups de frein, et le moment où la personne se lance avec le vélo sans petites roulettes (ou sur sa planche de surf) 😊

Dans tous les cas il s’agit toujours d’accepter inconditionnellement la personne (le patient-client) qui se présente et de créer les conditions qui vont l’aider à apercevoir ou comprendre qu’au travers de ses stratégies de lutte, il cherche avant tout à modifier son expérience intérieure désagréable (dite « aversive »). Dans le cas des Troubles du Comportement Alimentaire le prix de cette lutte revient à s’isoler et se couper de tout moment de plaisir et de partage. Au début lagenda de contrôle fonctionne pas trop mal pourtant, très vite, on saperçoit que cette lutte est vaine sur le long terme (et lagenda de contrôle de l’expérience intérieure, lui, perd de son attrait). En réalité on ne contrôle plus grand-chose : c’est la maladie qui a pris le contrôle et qui dicte nos réponses comportementales. L’alternative c’est de se concentrer sur le contrôle de ses actions en phase avec ses valeurs engagées.

En ACT, le but du traitement n’est pas de se sentir mieux, le but est de lutter moins pour avancer plus.

La personne en prise avec un trouble alimentaire utilise son corps comme moyen d’expression de sa souffrance ou de son mal-être. Ces troubles s’accompagnent le plus souvent de troubles de type anxieux, phobique ou obsessionnel. L’image corporelle est dégradée, l’estime de soi et la confiance en soi diminuent. La personne se coupe du plaisir et l’expression émotionnelle finit par être anéantie. C’est pourquoi il est intéressant de combiner différents types de thérapies : ACT, thérapie psycho-corporelle, art thérapie…. Il sagit d’impliquer le plus possible le corps et ses expressions et de redonner du plaisir en renouant par exemple avec une créativité perdue ou qui ne demande qu’à s’exprimer.

Confidences dune coach-paire-thérapeute

J’accompagne mes patients-clients sur le chemin de la guérison à travers une méthode que j’ai moi-même définie. Cette méthode est née de mes formations professionnelles et surtout de mes connaissances expérientielles des troubles alimentaires, avec lesquels j’ai vécu plusieurs années. Elle donne une ligne directrice mais il ne s’agit en aucun cas de calquer un protocole d’une personne à l’autre : tous les protocoles sont à adapter en fonction de la personne qui est unique dans ses difficultés à lalimentation.

Pour accompagner mes patients-clients, j’utilise le coaching, la PNL, l’ACT. Concernant les entretiens de médiation en santé paire mon approche est inspirée de l’Open dialogue, l’approche par les forces et l’écoute active : des outils pratiques du rétablissement et du travail pair. C’est une approche orientée rétablissement et centrée sur la capacité dempowerment de chacun. Je mets de la pair-aidance dans mes coachings ! Si la posture diffère un peu je reste en tous cas dans une horizontalité maximum.

La supervision est une co-élaboration permettant au supervisé de réfléchir sur son travail en vue de mieux le faire. (Michael Carroll)

La supervision (qui concerne tous les professionnel.les de la relation daide tels que les coachs, thérapeutes, psys, médiateurs qui accompagnent des transformations humaines individuelles ou collectives) est indispensable et permet à la fois de bénéficier d’une supervision systémique, analytique et didactique (celle-ci vise à développer mon savoir (des connaissances), un savoir-faire (des aptitudes) et un savoir-être (des attitudes)).

En conclusion

Nous sommes des êtres émotionnels. Parfois on a du mal à accepter nos émotions, elles semblent insupportables. La souffrance est indirectement liée à la lutte que nous entreprenons contre ce ressenti intérieur. Notre corps devient un ring où se joue cette lutte avec nous-même… Au début du travail on tentera dans un premier temps daccepter d’être en lutte. C’est un préalable nécessaire à l’acceptation de son corps.

En ACT n’y a pas à supprimer la souffrance mais modifier la relation que nous avons avec elle.

J’aime le fait d’approfondir une approche qui invite aussi les thérapeutes à être pleinement eux-mêmes et ainsi être en accord avec celle que je suis et celle que je souhaite incarner auprès de ceux que j’accompagne.

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach thérapeute, pair-aidante en santé mentale, auteure et consultante

www.corps-et-ame-en-eveil.com

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* Troubles du Comportement Alimentaire type anorexie boulimie

**Association Francophone pour une Science Comportementale et Contextuelle dont je fais partie

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