Mardi 2 février 2021 j’ai été invitée par le Centre Collaborateur pour l’Organisation Mondiale de la Santé et le Psycom à m’exprimer sur les savoirs expérientiels en santé mentale. La vidéo du webinaire est consultable en replay.

Quatre question m’ont été posées avant la table ronde :

  • Quelle est votre définition du savoir expérientiel ?
  • Quelle est votre expérience de ce savoir ?
  • Que pourriez-vous dire de cette expérience
  • Selon vous, qu’est-ce qui est en jeu dans les savoirs expérientiels ? Que permettent-ils ?

Dans cette série d’articles je réponds à ces questions afin de venir nourrir la réflexion qui permettra à terme et je l’espère un changement de paradigme en psychiatrie.

Selon vous, qu’est-ce qui est en jeu dans les savoirs expérientiels ? Que permettent-ils ?

L’enjeu est de passer du Je au Nous. Être suffisamment ok avec son histoire pour entendre l’histoire de l’Autre qu’il soit usager, aidant ou soignant. Entrer en lien avec les autres, avec le monde. C’est comprendre que le rétablissement c’est l’amour que l’on se porte et que l’on porte aux autres.

Comprendre aussi qu’on a des droits et pas juste celui de se taire. En gardant en tête ces 3 principes (rencontre, formation, co-construction) dont je vous ai parlé on peut tout dire ou presque. On peut venir questionner les pratiques et promouvoir d’autres formes de soins allant dans le sens du rétablissement des personnes. On peut jouer un rôle (acteur à part entière ??) parmi ceux qui dessinent les contours de la psychiatrie de demain si c’est notre souhait.

On peut aussi se dire que les savoirs expérientiels sont notre base de savoir et qu’on peut y ajouter autant de savoirs ou outils qu’on veut. Certains se tourneront vers l’ETP d’autres comme moi vers la PNL, l’ACT ou d’autres techniques d’accompagnement compatible avec la pair-aidance.

Ce qui est en jeu c’est aussi de prendre conscience de la valeur de son vécu, rester humble, et savoir faire la balance ou la bascule entre les deux.

Pour moi les savoirs expérientiels sont le socle sur lequel je prends appuie ils ne sont pas une fin en soi. Ils servent de base à ma pratique mais qui vient s’enrichir des outils dont je me dote et des nouvelles expériences que je fais. Le tout créant une forme de savoir hybride ou dynamique que je n’aurais jamais acquis sans les rencontres (d’usagers, d’associations, d’acteurs du champ médico-social, des professionnels avec qui je travaille main dans la main) et des formations.

Les savoirs expérientiels sont complémentaires au savoir théorique clinique ou médical. J’ai besoin de ces derniers pour construire mon savoir hybride et eux ont besoin de mon savoir expérienciel pour acquérir une connaissance plus fine de la maladie et des notions connexes. Pour construire « leur » savoir hybride sur lequel on peut se rejoindre et à partir duquel soignant soigné peuvent travailler ensemble, en parlant un langage commun.

Ce qui est en jeu c’est le fait d’avoir assimilé l’expérience et transformée en connaissance de manière à avoir un discours entendable et qu’avec les soignants on puisse se rejoindre en élaborant ensemble un nouveau langage compréhensible par tout le monde. Par langage j’entends aussi bien le vocabulaire que les formes de soins proposés.

Les savoirs expérientiels permettent aussi d’être plus justes en tant que professionnels. De parler vrai.

Par exemple c’est parce que je me suis cassé la figure pas mal de fois que je sais aussi qu’on ne retombe jamais au même point et qu’on peut se servir des downs ou rechutes pour en tirer quelque chose qui permet d’avancer. Ainsi en tant que professionnelle je l’ai en tête « pour de vrai » de manière plus incarnée et je donne peut-être plus facilement le droit à l’erreur, le droit d’apprendre par l’expérience. C’est aussi plus facile de parler de ce qu’on perd en prenant de la distance avec la maladie par exemple. Les fameux « bénéfices secondaires ». Il me semble que ça les médecins peuvent plus difficilement en parler car ils ne l’ont pas vécu dans leur chair.

Je cherche à responsabiliser les personnes que je suis amenée à accompagner car personnellement je ne voulais pas être considérée comme une personne malade et ce qui m’a aidé c’est d’être considérée comme une personne capable. Une citoyenne. Une femme à part entière.

Ce qui est en jeu enfin c’est de comprendre que l’on n’est pas sa maladie. Ma position de coach fait de moi une sorte de patiente experte car j’accompagne principalement des gens ayant des relations douloureuses à la nourriture. Mais les savoirs expérientiels m’ont permis l’acquisition de notions transverses. Ce sont ces notions là dont je me sers le plus au Un Chez-Soi pour accompagner des personnes souffrant de troubles psychiques et addictions (plus vécu de rue).

Pour conclure

  • Qui d’autres que les personnes concernées peuvent parler avec justesse de la maladie ?
  • La pair-aidance est un savoir-être peut être plus qu’un savoir faire
  • Il n’y a rien qui atteste de l’acquisition de savoirs expérientiels. Les diplômes attestent de l’acquisition de connaissances.
  • Mes savoirs expérientiels ne sont pas ceux de mes collègues médiateurs, leur savoir n’est pas le mien
  • La seule expérience de la maladie ne suffit pas pour accompagner c’est le recul et la transformation en connaissanceS qui le permet
  • L’expérience ne fait pas le savoir expérientiel par contre c’est l’analyse de cette expérience qui permet la formation de savoirs expérientiels
  • Les rencontres nous enrichissent et enrichissent notre savoir expérientiel
  • A mon sens il n’y a pas nécessité de définir les savoirs expérientiels cela mènerait à un appauvrissement. On peut, comme c’est le cas avec le rétablissement, faire de longues définitions de 4 ou 5 lignes mais on voit bien qu’à chaque fois qu’on braistorme en équipe il y a plusieurs définitions différentes et toutes sont justes. Cela montre la richesse du rétablissement et le fait qu’il existe autant de manière de se rétablir que de personne en souffrance.
  • Il y a une vie en dehors de la santé mentale : le rétablissement se fait en famille, avec des amis, dans des musées, des bibliothèques…
  • Eloignez-vous des toxiques et veillez à bien vous entourer

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach, médiatrice de santé paire, auteure

Marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

Co-créatrice de l’application Koala Family

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