Corps et âme en éveil

Je reviens d’une anorexie (Thomas Pouteau)

Mon corps me faisait souffrir mais j’ai voulu reprendre le contrôle de ma vie en lambeaux en lui imposant d’autres souffrances, en me lançant – à corps perdu – dans des marches folles ou en vélo dans des courses de la mort, où la limite n’existait pas : il fallait gagner ou mourir.

Me lancer ce défi et y entraîner mon père m’a fait retrouver ma liberté et mon autonomie, toutes les deux tellement mises à mal par mon anorexie. Il y avait un vide en moi, un manque et cette victoire, je l’ai aussi obtenue pour mon père qui en rêvait.

Tous les deux, avec ma mère, on a triomphé, on a gagné et j’ai retrouvé la vie que j’ai tant risqué de perdre.

Préface :

Il y a des livres qui donnent l’opportunité de comprendre les choses différemment. Des livres qui questionnent. Des livres qui font grandir… Le livre de Thomas c’est tout cela à la fois. J’ai été frappée par la justesse de ses mots, la force qui se dégage de ce récit poignant et authentique de son combat pour la vie. Thomas ose parler de ses fragilités et c’est ce qui le rend plus fort. Voici un témoignage au masculin et ce n’est pas un détail ! Les hommes qui témoignent sont peu nombreux. Alors je dirais que comme tout ce qui est rare ce livre est précieux.

L’anorexie mentale – qu’il nomme pour mieux la combattre – touche aussi les hommes. C’est une maladie qui tue et dont on parle peu (ou mal…) C’est une maladie complexe qu’il est toujours plus simple de décrire (comme dans le DSM-V) plutôt que d’expliquer. Thomas nous livre ici un témoignage sincère et courageux. Il donne un éclairage, son éclairage, sur cette terrible maladie qu’il compare à un monstre psychique. Ce livre représente à mon sens un véritable « outil du rétablissement » permettant de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête des jeunes ados en quête d’identité et qui développent un trouble du comportement alimentaire. Grâce à lui on évitera peut-être la parole qui blesse. On s’abstiendra en tous cas de juger car c’est l’un des messages qu’il adresse au lecteur ! Et puis on apprendra à « supporter » au sens sportif du terme…

L’adolescence est une période de grande fragilité et de bouleversements. Pour traverser ce tsunami émotionnel certains jeunes vont instrumentaliser leur corps. Comme une épreuve à traverser. Comme s’il leur fallait défier la mort afin de se sentir « pleinement vivant ». Thomas, comme bon nombre de personnes anorexiques ne veut pas mourir. Ce qu’il veut par contre c’est vivre « autrement » (ou autre chose ?) L’anorexie est un cri de détresse. La nourriture est toujours associée à une présence ; séparation ou absence de relation. L’anorexie comme la boulimie sont des pathologies qui aident à taire la difficulté. Il faut souvent plusieurs années pour trouver la ou plutôt « les » clés de cette sorte de prison mentale dans laquelle on s’enferme petit à petit. Le récit de Thomas est plein de clés justement. Il nous apprend par exemple que pour guérir il faut apprendre doucement mais sûrement à se détacher du regard de l’Autre et de la peur d’être jugé. Que guérir c’est lâcher le contrôle. Retrouver du lien social. Aimer… Il y a d’autres moyens d’exister que dans la souffrance ! Thomas nous rappelle que l’acceptation de soi est d’abord une décision.

Son récit est aussi un hymne à la vie. Il est truffé de phrases vraies et pleines de bon sens : « le corps n’oublie pas les traumatismes qu’il a subis » « Il y a des gens qui donnent de la couleur à la vie » « L’homme a une capacité universelle à faire preuve d’humanisme dans des moments de crise ». L’auteur nous entraîne au fil des pages dans une formidable aventure humaine : un défi sportif et solidaire qu’il mène de concert avec son père dont il est très proche et tellement fier. Le duo est gagnant, leur relation bien particulière. Ce qui les unit ce sont des valeurs, un même mental de gagnants, le goût de l’effort. Autant d’atouts que Thomas va mettre au service de sa guérison (sans oublier les séances chez le psychologue).

L’auteur souligne tout au long de l’histoire combien les gens qui aident à prendre confiance en nous sont importants. C’est un message primordial pour les proches et les aidants. On voit bien que dans la tourmente même s’ils se sentent le plus souvent démunis et inquiets ces derniers peuvent aider en donnant de l’écoute et de l’attention. Ce qui est crucial en fait c’est qu’ils restent « là » et ce malgré les maladresses qui sont inévitables. Ce qui soigne au final c’est la relation humaine. L’amour est le plus puissant des médicaments.

Ce livre c’est enfin et surtout un beau message d’espoir. Il me paraît utile de rappeler que l’espoir est le socle du rétablissement. Thomas Pouteau est un exemple de résilience et de guérison. Il fait désormais partie de ceux qui œuvrent à une meilleure compréhension de la maladie. Pour tout cela j’ai envie de lui dire MERCI. Merci pour cette leçon de vie. Cette leçon de sport ! Et pour le message solidaire. Merci aussi pour l’humour, l’auto-dérision, pour les valeurs humanistes portées bien haut et puis pour les mots qui ne sont pas mâchés lorsqu’il s’agit de dénoncer la publicité et les diktats de la société consumériste.

Enfin je lui dis bravo car cette jolie victoire il est allé la chercher au plus profond de lui-même en montrant aussi que le sens est un élément incontournable du chemin de guérison.

Sabrina Palumbo

Coach & auteure – Marraine de l’union des associations Solidarité Anorexie Boulimie

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