Une amie diététicienne  que j’ai sollicitée sans avoir encore eu l’occasion de collaborer avec elle m’a dit que ce serait avec plaisir parce qu’elle apprécie ce que je fais et la notion de « combativité » que j’incarne selon elle. Mon premier ouvrage « L’âme en éveil, le corps en sursis » sous-titrait « combat d’une anorexique pour sa renaissance. »

Chers lecteurs, amis, patients et collègues, cela fait un moment que je n’ai pas écrit de billet, je n’allais pas rater une si belle occasion ! Parlons un peu de cette notion de combat…

L’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement) nous apprend qu’être enfermé.e dans un comportement de lutte est vain sur le long terme et apporte plus de souffrance finalement. Autrement dit, pour nous en sortir, il nous faut lâcher prise et cesser de lutter. C’est loin d’être facile mais c’est possible (coaching à visée thérapeutique TCA).

Doit-on pour autant cesser de combattre ?

La définition du mot combat est double :

  • C’est l’action de deux ou de plusieurs adversaires armés, de deux armées qui se battent (c’est le combat offensif ou attaque)
  • C’est aussi le fait de se battre, avec ou sans armes comme dans le combat de rue par exemple.

Le terme relève plutôt du registre de la guerre (il est donc assez éloigné de la notion d’acceptation qui est au cœur de l’approche ACT) et plutôt connoté mais il ne paraît pas saugrenu de le rattacher (tout dépend de sa carte du monde) à d’autres notions telles que la « patience », la « persévérance », l’« engagement » et surtout le fait de ne jamais baisser les bras…

Cela me fait penser aux qualités qui semblent nécessaires pour se rétablir… pas vous ?

Le rétablissement c’est du boulot ! C’est quelque chose de difficile.

Ce que ce n’est pas ?

Ce n’est pas quelque chose de linéaire…

Parlons vrai :

  • On se rétablit tous de quelque chose ;
  • On n’a jamais complètement fini de se rétablir 

Oui j’ai dû combattre…

Et le combat ne s’oppose pas au fait d’accepter, de digérer les épreuves de la vie. L’acceptation est une clé pour aller de l’avant. Je m’explique.

Face aux épreuves de la vie, l’acceptation est contre-intuitive. Pourtant, résister à une réalité désagréable nous enferme intérieurement. Pour autant, l’acceptation n’est pas résignation ! Se résigner c’est démissionner. Accepter, c’est faire avec la réalité et se permettre de retrouver le goût de vivre.

Parfois, pour accepter, on a besoin d’être capable d’accepter que pour l’instant, nous sommes incapables d’accepter. En sortant de la résistance on ouvre doucement la porte de l’acceptation.

S’il suffisait…

S’il suffisait « d’accepter » son état pour guérir cela se saurait. Voyons ce qu’il se passe du côté de l’engagement.

Voici quelques un des moyens que j’ai utilisés sur mon propre chemin de rétablissement :

J’ai repris le sport alors que je n’avais plus de muscle (reprendre 27 kilos par voie entérale sur plusieurs mois sans avoir le droit de bouger le petit doigt ne permet pas vraiment une reprise de poids tonique et harmonieuse). Je me suis alors créé mes propres programmes d’entraînement sur la base de mes connaissances et de mes longues années d’entraînement avec des athlètes nationaux/internationaux. Je me suis entraînée seule au début, avec patience, régularité, ténacité. Assez vite j’ai pu rejoindre les cours collectifs que j’ai ensuite fréquenté assidûment.

Le sport, pratiqué de manière intensive, a peut-être été une sorte de continuité ou de « porte de sortie » de l’anorexie puisqu’en renouant avec ma passion je me suis fait du bien et dans le même temps ma pratique était encore liée à une logique de contrôle du poids. J’ai pu m’en détacher et renouer avec une pratique plus ludique de l’activité physique.

Aujourd’hui je m’entretiens comme on dit, dans le but de prendre soin de moi et parce que j’aime le goût de l’effort. Cela vient aussi nourrir ma confiance en moi, me permets de me sentir bien dans mes baskets. Le sport fait partie de ma thérapie et j’ai toujours besoin de mes deux heures « rien qu’à moi » pour ressentir mon corps tout en me vidant l’esprit. Mon conseil : dès que c’est possible allez-y,  c’est gratuit et une paire de running suffit.

J’ai été à bonne école avec l’athlé plus jeune puisque ce sport est « une école de la vie ». Et pour reprendre les mots d’un ami athlète de l’époque : « Ce que j’ai appris durant ces années (dépassement de soi, résilience, patience etc.) ma sert encore aujourd’hui ! »

Par rapport à l’alimentation je me suis « auto-coachée ». En cela le « combat » que j’ai mené pour construire une famille a fini de terrasser la maladie. Ce fût l’occasion de travailler ma motivation et d’accepter au passage une prise de 7 à 8 kilos au-dessus de mon poids de forme en raison des traitements hormonaux sans lesquels je ne serais pas devenue maman.

Dire que le chemin vers une alimentation joyeuse, libérée, source de plaisir et décomplexée a été facile serait mentir… Le plus dur des combats est celui que l’on mène contre soi-même et sortir de la rigidité psychologique n’est pas une mince affaire !

Durant plusieurs années après mon internement j’ai donc mené un double combat : celui contre la maladie et celui du/des trauma(s) que je portais. Chacun des pas que j’ai faits en direction de celle que j’aurais souhaitée être si je n’avais pas rencontré ces difficultés sont autant de claques que je leur ai respectivement fichu (façon combat de rue) 😉

J’ai dû me rétablir sur le plan associatif également.  Je voulais apporter de l’espoir et mettre mon énergie au service de la cause… Ce à quoi j’ai été confrontée n’est pas « normal » et fut extrêmement violent. Sans mon « ex-futur-et actuel-mari » et mon psy de l’époque je n’aurais peut-être pas réussi à dépasser voire pire…

Dépasser les épreuves (idem pour les traumas) ne veut pas dire oublier. Simplement on peut se souvenir de l’événement sans le revivre c’est-à-dire sans la charge émotionnelle qui va avec.  Je n’oublie pas les personnes qui ont agi ou laissé faire en connaissance de causes et en ayant conscience de mes fragilités de l’époque, je pose ça là.

Nous le savons, l’associatif c’est de la politique et tous les coups sont permis. Ces années furent formatrices sur ce qui est de l’humain…

Pour autant le combat n’a pas cessé.

J’ai combattu pour acquérir une légitimité, trouver une place, trouver « ma » place.

Pas mal d’anciens patients se jettent en quelque sorte en pâture et se retrouvent usés… Face à la lourdeur des institutions il vaut mieux s’armer de courage et se montrer solide. C’est grâce à eux que les lignes bougent. Toutefois si je peux me permettre encore un conseil : quel que soit le combat que vous menez n’y laissez pas votre santé. Il n’y a rien (aucun travail, aucune mission, aucune cause à défendre) qui mérite que l’on y laisse sa santé.

Personnellement, à 40 ans passés et avec deux enfants en bas âge, j’apprends à me mettre régulièrement en mode « économie d’énergie ». Je continue de me nourrir des rencontres que je fais et des nombreux projets qui m’animent. Je crois que j’aurais cette soif d’apprendre durant toute ma deuxième moitié de vie et c’est ainsi : chez moi les projets sont moteurs 😎. J’ai sans cesse besoin de créer. À une différence près (et pas des moindres) c’est qu’aujourd’hui j’avance dans le sens du courant (en surfant la vague si vous préférez ou que vous aimez bien les métaphores de l’ACT) et non plus à contre-courant…

Si les choses doivent se faire elles se font.

L’intelligence c’est de savoir s’adapter. Rebondir en cas de coup dur et puis accepter aussi de se planter. Se dire qu’il n’y a pas de mauvaises rencontres, seulement des expériences (même si parfois on se passerait bien de certaines expériences !) Aujourd’hui je repère peut-être plus facilement les discours de façade, les « oui oui » de personnes qui de toute façon n’ont nullement envie de collaborer.

Je dirais que ce qui m’importe le plus ce sont les retours des personnes que j’accompagne, ceux de mes clients et partenaires et tous les cercles d’amis dans lesquels je me sens « bien » c’est-à-dire « à ma place » et où j’apporte, encore une fois, ce que je peux apporter, quand je le peux, du mieux que je le peux. Et bien sûr l’amour de mes proches et des personnes importantes pour moi.

On imagine rarement le travail fourni avant d’obtenir ses premières « réussites ». L’huile de coude utilisée par ceux qui proposent, avec parfois un temps d’avance. À mon humble niveau je sais combien j’ai dû relever mes manches. Je me suis engagée, investie, j’ai donné (parfois au-delà de ce que j’aurais dû, j’en profite pour mettre un warning sur la fatigue compassionnelle) et tout cela m’a aussi permis de me construire.

La visibilité (être dans la lumière) attire l’ombre : critiques, diffamation, agissements pour remettre en cause l’authenticité de la démarche… Dès lors que l’on s’expose il faut y être prêt.e mais si l’on est suffisamment ancré dans sa pratique c’est okay.

Lorsqu’on est soi-même tellement empêtré on tente parfois d’entraîner l’autre dans sa propre chute… Comme si le rétablissement des uns venait enlever quelque chose aux autres. En réalité tandis que l’on milite/critique/agresse on ne se confronte pas à soi. C’est comme l’étalage de bonheur que l’on juge indécent lorsqu’on va mal… Pourtant le bonheur des uns n’enlève rien au bonheur des autres : essayons plutôt de nous réjouir de voir les gens heureux et de se rappeler que le bonheur est contagieux 😊

Mon expérience et parcours singulier rien ni personne ne pourra me l’enlever et effectivement  il fût jalonné d’épreuves que j’ai affrontées avec courage.

Pour toutes ces raisons le terme de combat ne me paraît pas tellement à côté de la plaque et non synonyme de guerre ou de lutte.

À un moment, le combat est aussi une valeur et un levier de motivation et combattre sa propension à lutter, c’est assez mortifère… Donc arrêtons de combattre le combat !

Dans la même veine acceptons l’idée que l’étape de la colère fait tout simplement partie du rétablissement. Je préfère parler d’étape car au cours du processus si l’on souhaite vraiment se rétablir il faudra aussi passer ou dépasser cette étape. C’est fou comme le rétablissement peut ressembler étrangement au processus et aux étapes du deuil.

La colère est souvent vue comme négative. Elle aurait bien besoin d’être réhabilitée parce que c’est aussi une énergie de vie qui peut être transformée en énergie positive.

Personnellement j’associe donc combat avec « challenge » : le challenge que nous avons de nous rétablir ! Quel que soit le temps que cela prenne et les détours sinueux, nous sommes responsables de notre rétablissement avec une obligation de moyens et non de résultats .

Pour finir…

Je m’inscris dans le courant des TCC de troisième génération mais qui a dit que méditer c’était devenir une sorte de baba cool ou de mini Dalaï Lama ? On peut pratiquer la Mindfulness pour améliorer bon nombre de ses capacités. Je crois même que ceux qui déplacent des montagnes méditent assidûment 💙

En réalité, La pleine conscience aide à ne pas se tromper ce combat : lutter contre ses pensées fait perdre son énergie. Le vrai combat est sur le terrain.

Qu’est-ce que ce texte vous inspire ?

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach certifiée praticienne en ACT, Auteure, Consultante en santé mentale

Membre de l’Association Francophone pour une Science Comportementale et Contextuelle et de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive

Marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

www.corps-et-ame-en-eveil.com

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