« Le seul moyen que j’ai trouvé pour ne pas finir à l’HP… C’est de travailler dans un HP… » (Un pair-aidant sur les réseaux.)

Vous le voyez le problème ? Parce que pour moi il y en a un…

Pour devenir pair-aidant il faut un vécu (vécu de rue, psychiatrie, addictions, troubles psys…). Nous avons souvent « grandi » à l’hôpital ou en tout cas été hospitalisés si souvent que l’on en connaît les codes, la douleur, la souffrance associée, les bienfaits (si si aussi…), les abus (si si aussi…). L’hôpital ce n’est pas la vie. La vie est en dehors. Dans la cité. Nous maintenir à l’hôpital est contre-rétablissement.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas de travailleur pair à l’hôpital. Je suis la première à me souvenir qu’à l’époque j’aurais tellement aimé rencontrer une personne qui soit passée par là.

Je dis qu’il ne faut pas s’y enfermer. Et que ceux qui travaillent à l’hôpital ne pourront le faire qu’un temps. Le temps de finir de se rétablir peut-être ou de transmettre ce qu’ils ont à transmettre ? Qu’il faudra passer à autre chose. Retourner à la vie.

J’ai vécu le confinement avec mes deux filles dans la résidence où j’habite. Je ne suis pas sortie pendant 3 mois. Monsieur faisait les courses. Cette période anxiogène n’est pas venue réveiller de choses traumatiques mais je pensais tout de même souvent à la clinique. Les tours de pâté de maisons me rappelaient les tours de parc… autorisations auto-signées.

Je me dis souvent que j’ai de la chance d’avoir ma vie de famille et aussi mon activité de libérale. Ne faire que de la pair-aidance ne me paraît pas sain pour moi, pour mon équilibre. J’ai besoin de ces allers-retours où je peux me placer tantôt en tant que paire tantôt en tant que coach/thérapeute. J’ai beaucoup travaillé sur cette question de légitimité et de sortir de cette condition de patient… Cette double casquette peut être inconfortable ou plutôt ça l’a été. Aujourd’hui elle ne l’est plus et bon nombre de pros me font confiance. Peut-être parce que je ne cours plus après leur reconnaissance…

Je ne sais pas si je travaillerai un jour à l’hôpital (et pourquoi pas !) mais si c’est pour y trouver paternalisme bienveillant et tenir le rôle du bon patient rétabli qu’on sort du chapeau quand ça fait bien non merci. Les pairs aidants ne doivent pas servir que de faire valoir. Ils ont une réelle valeur ajoutée. Un réel savoir.

Je ne veux pas manquer de respect envers mes collègues de l’hôpital qui font un super boulot. Je partage mes réflexions. Chacun fait toujours du mieux qu’il peut avec le niveau de conscience où il en est. L’important est de faire ce qui nous semble juste, en accord avec nos valeurs et en gardant son esprit critique.

Un pair-aidant est un professionnel de santé mentale au même titre qu’un infirmier en psychiatrie, un psychologue, un psychiatre. Si l’on cherche un poste à pôle emploi on nous répond de chercher un vrai métier. Quant au salaire…

La pair-aidance doit sortir d’entre les murs. Se structurer. Se protéger. Et être enfin reconnue comme discipline à part entière. Il faut aussi penser à légiférer. Pour exemple lorsque l’Ordre des infirmiers a été fondé en 2006, le métier s’était organisé depuis 1929. Faudra-t-il que les pairs aidants rencontrent les mêmes obstacles que cette noble profession pendant 77 ans avant d’obtenir un véritable statut ?

La France n’est pas leader en tout et en matière de pair-aidance elle me semble plutôt en retard.

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach & Auteure – pair aidante – marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

www.corps-et-ame-en-eveil.com

@sabpalumbo

Article paru sur En tant que telle

Partagez sur vos réseaux sociaux