Corps et âme en éveil

« Je mesure aujourd’hui la difficulté pour les proches de faire face » – Anorexie : témoignage d’Irène

Anorexique sur le tard, à 19 ans, ma perte de poids n’a pas alerté mon entourage dans l’immédiat. J’étais mince voire maigre depuis toujours. Personne ne s’était vraiment fait à l’arrivée de mes formes en fin de croissance, moi encore moins…

Et puis, ma mère ne se préoccupait pas de ça : un travail prenant, des activités associatives et politiques… l’apparence était le cadet de ses soucis. 

C’est quand elle a su qu’il m’arrivait de dévorer et me faire vomir que ça l’a fait frémir.  Mais tout ça a été mis sur le compte du mannequinat. De ma superficialité aussi. Tout sauf les vraies questions

J’ai pendant un temps maintenu un poids à peu près normal. Normale en surface et de plus en plus abimée à l’intérieur… Mais ça passait. Personne n’osait rien me dire. La peur… et puis mes réactions d’animal blessé qui agresse l’autre à la moindre approche… 

Ma famille n’a rien vu ou rien voulu voir, entre déni et indifférence… 

Sauf ma mère, complètement perdue et déconcertée. Et je sais combien ça a été difficile. Elle était seule à faire face, le déni passé… A tout prendre en 1ère ligne comme c’est souvent le cas.

Je l’ai haïe de ne pas savoir me sauver, de ne pas me comprendre… de ses maladresses qui se cognaient aux miennes. Mais elle était là, à m’engueuler quand je faisais une TS et que je l’appelais les médicaments avalés… mais là quand même.

Elle a même écrit à mon père pour lui avouer son désarroi, elle si fière de m’avoir élevée sans rien lui demander…  Réaction du malotru : rien, nada. 1m75, 35 kilos, sur un lit de mort et pas un mot de lui. Je ne souhaite pas m’épancher ici sur le sujet. 

Quant à mes proches amis, ils n’avaient pas mesuré le danger avant, le jogging sous le jean et les 3 pulls superposés donnaient un peu le change et puis, à 20 ans, on est désarmé face au désespoir de l’autre … 

Cela étant, une amie, Caroline (qui est toujours là 20 ans après) me poussait à sortir, malgré les regards parfois pesants sur mon corps décharné. Elle m’a sauvé la vie. 

Je mesure aujourd’hui la difficulté pour les proches de faire face. Des maladresses, du désespoir lourd à porter. Mais la lueur de guérison se nourrit de ces liens. Même si on ne s’empare pas tout de suite des mains tendues. Toutes laissent une trace. Indélébile. 

Je ne saurais trop conseiller aux parents et aux proches de se faire aider. Pour traverser ce tsunami. La meilleure aide pour l’autre est parfois de montrer l’exemple de tenir debout dans la tempête

Le déni n’échappe pas non plus aux proches : entre les cachotteries du malade et l’impuissance à faire face à un trouble qui nécessite une prise en charge médicale et pluridisciplinaire… les TCA restent une maladie grave, mortelle, à ne pas prendre à la légère. Il est toujours utile de répéter que ce n’est ni un caprice, ni une lubie mais une maladie. Dont on se sort. Dont on peut aussi se sortir grandi quand on réalise que ces symptômes cristallisent parfois les douleurs et les non-dits de toute la famille. 

 

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