Corps et âme en éveil

Médecine en danger

En France, des médecins souffrent.

En France, des médecins sont en burn-out.

En France, des médecins se sentent maltraités.

En France, des médecins se sentent harcelés.

En France, dans les conditions actuelles, des médecins préfèrent décrocher leur plaque plutôt que de continuer à exercer un métier qu’ils aiment.

En France, des médecins se suicident.

« Médecine en danger – Qui pour nous soigner demain ? » est le titre d’un livre écrit par Jean-Christophe Seznec et Stéphanie Rohant et paru aux Editions First dans lequel ils emploient des mots volontairement forts pour traduire une réalité qu’il est difficile de dénoncer sans provoquer une levée de protestations passionnelles.

« Ce livre s’adresse à tous les soignants (médecins, infirmières, dentistes, kinésithérapeutes, etc.) afin qu’enfin leurs plaintes et leurs souffrances soient reconnues. Il s’adresse aussi à tous les patients pour qu’ils prennent conscience de la gravité de la situation et de l’urgence de sauver notre système de santé alors que certains sont rentrés dans un système de consommation du soin qui ne fait que le tuer ». Jean-Christophe Seznec est médecin psychiatre spécialiste en thérapie comportementale et cognitive et en ACT, Fondateur d AlteRHego.

Jean-Christophe cite l’exemple des déserts médicaux qui sont dus à toutes ces consultations qui sont prises et qui ne sont pas honorées. Cette consommation du soin est ressentie par les soignants comme plus importante par les personnes possédant des avantages sociaux comme la CMU*.

Dans son livre, il dépeint un système de santé « confus, absurde et sans âme ». Pour autant ce n’est pas un livre thérapeutique bien qu’il permette une réelle prise de conscience : « C’est surtout un triste constat de la maladie de tout notre système de santé avant qu’il ne meure. C’est une bouée à la mer avec le faible espoir d’être entendu ».

Le désespoir et l’épuisement est très grand chez les soignants. Ils ont le sentiment qu’on leur a spolié leur essence et leurs âmes dans les limbes administratives…

A la question « Comment en sommes-nous arrivés à ce que la médecine soit sous le contrôle de gens qui ne sont ni professionnels de santé ni élus ? Que proposez-vous pour sortir de cette situation ? » voici ce que répond le Dr Seznec :

Beaucoup de politiques ont fait de la lutte contre le fameux trou de la sécurité sociale leur cheval de bataille. Cela s’est presque transformé en un concours à celui qui ferait la loi la plus exemplaire qui lui permettrait de gagner l’élection suivante. La gauche comme la droite a participé à cet amoncellement de mesures. Ils ont pris de nombreuses décisions et voté de nombreuses lois qui chacune indépendamment semblaient compréhensible. Mais mises bout à bout, ces lois ont été destructrices pour le système de santé. C’est le syndrome de la tranche de jambon, qui mériterait un article, que je décris dans le livre.

 

L’art de la médecine est un art difficile. La médecine n’est pas une science exacte. Il s’agit d’une somme de techniques qui s’appuient sur de l’humain et du relationnel. Or l’esprit comptable qui a gagné à écarté progressivement l’aspect humain de la santé et les médecins avec. Les médecins sont devenus des ouvriers spécialisés aux ordres de gestionnaires au lieu de rester les avocats de patients. Les médecins sont devenus des outils d’un système de santé dont on mesure l’efficacité à coup de chronomètre aux urgences et les patients des objets dans cette industrie de la santé.

 

Le coup de grâce a été donnée par notre ministre de la santé avec tous les cadeaux qu’elle a fait aux mutuelles notamment en plafonnant les remboursements des mutuelles. La gauche a toujours entretenu des liens sulfureux avec les mutuelles. La plupart des hommes influant du parti socialiste actuel ont eu maille à parti avec les affaires judiciaires de la MGEN.

 

Pour sortir de cette situation, les médecins doivent retrouver leur place dans les différentes instances décisionnaires de leur santé. Le pouvoir doit être bicéphale avec les gestionnaires et les médecins.

 

Il rappelle qu’en 15 ans le système de santé est passé de la première place à la vingt quatrième place. Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer en libéral. Les conditions sont trop dures, ils ne veulent plus travailler 60H par semaine comme leurs ainés pour une rémunération et une reconnaissance qui s’est écroulée en 30 ans. 40% des postes hospitaliers sont vacants. Autrefois, les médecins retraités continuaient à exercer par vocation. Ils ne veulent plus le faire. De plus en plus de médecins renoncent à leur vocation, font autre chose ou partent à l’étranger. Les médecins se suicident deux fois plus que la population générale. Ils sont épuisés et n’en peuvent plus.

Force est de constater que beaucoup de médecins sont en souffrance et beaucoup de patients ne parviennent pas à accéder à des soins adaptés ou en sont mécontents. On a l’impression que plus personne ne s’y retrouve. Nous sommes en droit de nous interroger… La médecine française n’aurait-elle pas manqué le tournant du 21e siècle ?

Pour l’auteur, le plus important, et peut-être le plus urgent, pour rétablir le lien entre les patients et les médecins c’est d’avoir du temps et de l’aisance avec les patients. « Il faut retrouver du pouvoir car la médecine ne peut s’exercer qu’avec un peu d’autorité pour canaliser l’angoisse des patients. » Pour lui, le soin est à la fois de la technique, du savoir et une relation humaine. « Cela demande du temps, de l’attention et de l’expertise. » Pour cela le médecin doit être totalement présent au patient pour nouer ce colloque singulier permettant seul le soin. S’il est distrait par des contraintes administratives, il ne peut plus avoir l’attention nécessaire pour soigner. Les patients ont besoin d’attention et de reconnaissance pour être soignés. S’ils ne les retrouvent pas dans une médecine industrielle, ils iront voir ailleurs. C’est la porte ouverte aux gourous. Une anecdote à ce sujet, le maire de la Roche Derrien a fait le buzz en faisant croire qu’il recrutait un druide pour pallier au manque de médecins dans sa commune. Il a levé le canular lorsqu’il a observé un nombre non négligeable de personnes voulant prendre rendez-vous avec le druide…

Avant de prendre congé du docteur je lui ai posé une dernière question relative à la particularité d’un combat social dans une compréhension du monde non duelle :

« Un cri de désespoir. L’internat de médecine a été créé sous Napoléon. De ce fait on dit souvent que les médecins sont les grognards de la République. Lorsqu’ils protestent, c’est que l’heure est grave. Ils sont les derniers remparts à l’humanisme et à la bienveillance nécessaire pour tenir une société. Sans médecin, notre société risque de s’écrouler. Il y en a de moins en moins… »

Notons que le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56 % en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). Ils étaient moins de 40 000 en juillet 2010.

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* Couverture Maladie Universelle

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