Corps et âme en éveil

L’empowerment

L’empowerment n’est pas une démarche nouvelle ni révolutionnaire – en réalité, chacun l’applique dans sa vie quotidienne. Les penseurs du XXe siècle militant pour un rééquilibrage des rapports de force tels que le pédagogue Paulo Freire ou la philosophe Hannah Arendt ont contribué à l’émergence des processus d’autonomisation des individus et des groupes exclus ou opprimés, et ont jeté les fondations d’une démarche qui connaît aujourd’hui succès. Des auteurs canadiens francophones comme Yann Le Bossé ou William Ninacs fournissent les principaux jalons théoriques en français.

L’empowerment est un processus ou une approche qui vise à permettre aux individus, aux communautés, aux organisations d’avoir plus de pouvoir d’action et de décision, plus d’influence sur leur environnement et leur vie. Cette démarche est appliquée dans nombre de domaine – le social, la santé, l’économie, la politique, le développement, l’emploi, le logement… – et s’adresse très souvent aux victimes d’inégalités sociales, économiques, de genre, raciales… Chaque individu, chaque communauté où qu’il se situe dans l’échelle sociale possède un potentiel, des ressources et doit pouvoir utiliser celles-ci pour améliorer ses conditions d’existence et tracer la route vers plus d’équité.

Empowerment en santé mentale

Le programme de partenariat de la Commission européenne et de l’OMS sur l’empowerment en santé mentale, initié en 2009, repose en grande partie sur des associations d’usagers et de familles, tant dans la composition de son comité de pilotage que dans ses réseaux. Dans ce cadre, un consensus a été trouvé entre tous les partenaires autour d’une définition de l’empowerment en santé mentale :

L’empowerment fait référence au niveau de choix, de décision, d’influence et de contrôle que les usagers des services de santé mentale peuvent exercer sur les événements de leur vie. (…) La clé de l’empowerment se trouve dans la transformation des rapports de force et des relations de pouvoir entre les individus,

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C’est un concept englobant de nombreuses dimensions : l’interdépendance, l’écologie des relations, le respect et la dignité, l’information partagée, la participation, le soutien mutuel, l’autodétermination et l’autogestion.

On recense généralement plusieurs typologies d’empowerment. L’une des plus connues, proposée par William Ninacs, identifie trois types d’empowerment :

  • L’empowerment individuel comporte quatre composantes essentielles : la participation, la compétence, l’estime de soi et la conscience critique. Dans leur ensemble et par leur interaction, elles permettent le passage d’un état sans pouvoir d’agir à un autre où l’individu est capable d’agir en fonction de ses propres choix ;
  • L’empowerment communautaire renvoie à un état où la communauté est capable d’agir en fonction de ses propres choix et où elle favorise le développement du pouvoir d’agir de ses membres. La participation, les compétences, la communication et le capital communautaire sont les quatre plans sur lequel il se déroule. L’empowerment individuel contribue à réaliser celui de la communauté ;
  • L’empowerment organisationnel, qui correspond aux deux fonctions d’une organisation sur le plan du développement du pouvoir d’agir : d’une part, elle sert de lieu d’empowerment pour les personnes qui y participent, et revêt en ce sens une fonction d’empowerment communautaire ; d’autre part, le cheminement permettant à l’organisation de développer son propre pouvoir d’agir constitue sa deuxième fonction. Ce cheminement s’exécute sur quatre plans en interaction : la participation, les compétences, la reconnaissance et la conscience critique.