Corps et âme en éveil

La balance au placard

L’anorexie, c’est quoi? Pour diagnostiquer une anorexie, on recherche essentiellement quatre critères : un amaigrissement, une perte de l’appétit, une aménorrhée et une perturbation de l’image corporelle. Longtemps associée à une peur intense de grossir, les chercheurs pointent aujourd’hui du doigt le plaisir de maigrir pour caractériser l’anorexie. Le «mental anor» est complexe et, en réalité, on peut y associer de nombreux signes. La maîtrise et le contrôle, la faible estime de soi, le déni, la souffrance, les difficultés relationnelles ou bien encore un perfectionnisme accru en font partie. L’anorexie n’est pas un arrêt volontaire de l’alimentation, mais un interdit qui s’impose à la volonté du patient. Peu à peu, la maîtrise s’installe et le contrôle est permanent. Du moins, le sentiment de contrôle car, en réalité, la personne malade ne contrôle rien : c’est la maladie qui domine jusqu’à toucher également la vie affective. On ne se sent pas libre… La personne anorexique compte ses calories. Elle se pèse plusieurs fois par jour pour «contrôler» son poids. Les boulimiques vont recourir à des comportements compensatoires, là aussi il s’agit de contrôler la prise de poids, la culpabilité est très forte après chaque «crise». Dans les services spécialisés, la pesée est vécue comme une épreuve. Les patientes averties du jour de pesée ont recours à des stratégies pour simuler une prise de poids (les services fonctionnant souvent au «contrat de poids») : en buvant beaucoup d’eau juste avant, par exemple. C’est pourquoi certains services instaurent désormais un jour de pesée aléatoire. Guérir J’ai eu du mal à me dire guérie de l’anorexie. J’ai mis en place ce comportement à 17 ans et j’ai souffert d’anorexie boulimie pendant près de 15 ans.

«Ce n’est pas de ta faute, tu es malade»

Ce genre de phrases s’inscrit en vous. Après tout, si vous rencontrez encore des difficultés, c’est sans doute parce que vous êtes toujours malade… Il m’a fallu me rendre compte que ce n’était plus le cas. Que mon poids était stable, que je mène une vie satisfaisante sur tous les plans, que je ne suis plus obsédée par mon image corporelle ou par mon poids… Alors oui, je suis peut-être bien guérie après tout et je parle des TCA (troubles du comportement alimentaire) au passé! La reconstruction s’est faite progressivement, j’ai eu plusieurs déclics. Ce que je peux dire aux malades, c’est que le jour où la balance retrouve sa place dans le placard (ou à la cave, comme vous préférez), vous mettez une claque à la maladie. Pour beaucoup, cela représente une véritable épreuve. La peur de perdre le contrôle. Mais combien gagnez-vous en liberté?

2016-09-03-1472911096-2923802-PICT0186.gif

J’avais très peur de m’approcher des 50 kilos (je mesure 1,63 m). C’était une barre que je ne voulais pas dépasser. Et puis j’ai repris le sport. 50, 51… Aujourd’huim je pèse le double de ce que je pesais au plus bas de la maladie (27 kilos à l’époque, je vous laisse faire le calcul)! Je n’ai pas l’impression d’être grosse comme j’ai pu le penser alors que j’en pesais 35… J’ai une silhouette athlétique et finalement je ne me sens pas toujours mieux avec un poids plus faible. Je me pèse encore parfois et je me dis que j’aimerais bien perdre 2 kilos, comme toute femme qui se respecte, serai-je tentée de dire un peu ironiquement. Mais la plupart du temps, je me dis plutôt «oh et puis je vis, alors merde… ». Je dirai que l’anorexie, c’est tout sauf un problème de poids. Vous n’êtes pas un chiffre. VOIR AUSSI : Ce billet a initialement été publié sur le Huffington Post France. Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

Partager cet article :
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailFacebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail