Corps et âme en éveil

Dans les bras d’Ana…

Dans les bras d’Ana…
Depuis plusieurs années me voilà refugiée auprès de celle qui me donne ce que je crois être une identité.
J’ai l’impression qu’elle ouvre les yeux des autres à mon égard, qu’elle me permet d’exister.
J’ai peur de la perdre et de redevenir moi, tout simplement, invisible, transparente puisqu’avec de beaux enfants, un mari présent autant qu’il le peut, une famille, des amis, une situation confortable. Bref, Madame Lambda sans l’attention des autres, sans leur amour ( ?).
Mon identité est celle de la fille qui ne mange pratiquement rien.
Qui vais-je devenir sans cette marque de fabrique, sans ce contrôle de mes envies ? Car oui : j’ai faim ! Tout le temps. A peine un repas fini que je pense au suivant : je n’ai pas mangé ça à midi donc je peux me permettre ça au goûter…, oui mais ça dépend de ce qu’il y aura au dîner…
Ça use le cerveau à force mais je n’arrive (ne veux) pas à m’en passer de peur de ne plus être, aux yeux des autres, celle que je suis en « contrôlant » tout ça.
Je voudrais qu’on m’admire, qu’on m’aime, qu’on m’encourage, qu’on reconnaisse mes talents, si j’en ai. J’ai besoin d’exister.
Je pense que sans Ana je ne suis rien, que je suis invisible aux yeux des autres.
Depuis qu’elle m’a prise dans ses bras j’ai reçu des témoignages d’amour, d’affection que je n’aurais peut-être pas connus sans elle : demande en mariage de mon mari, ma fille apprend à jouer des airs que j’aime au piano, mon fils est aux petits soins, les parents d’élèves me témoignent leur sympathie. Qu’en sera-t-il si je sors de ce cocon ? Que vont devenir toutes ces attentions ? Disparaitront-elles avec l’arrêt de la maladie ?
Et pourtant… Pourtant je me rends compte que malgré tout ce qu’elle m’apporte, Ana risque de me prendre beaucoup plus. Et de ne pas me le rendre : la patience et l’amour de mes proches sont mis à rude épreuve et je comprends leur lassitude.
J’ai déjà perdu le goût de rire mais cela pourrait être bien pire : je pourrais perdre l’amour de mes enfants face à cette maman qu’il faut soutenir, encourager alors que ce n’est pas dans ce sens-là que cela doit se passer (du moins pas tout de suite). Je me dois d’être là pour eux en ce moment difficile qu’est l’adolescence.
Et pourtant je me réfugie vers Ana à la moindre contrariété, dès qu’une situation me dépasse et que j’ai l’impression de perdre le contrôle.
Ce n’est pas faute d’avoir des mains tendues qui essaient de m’extirper des tentacules de celle que je considère encore comme mon alliée dans la vie, au risque de tout perdre.
Je vais devoir retirer une à une ses ventouses pour retrouver les miens, leur prouver que leur amour et leur soutien sont plus forts que tout ce qu’est supposé m’apporter Ana.
Le chemin sera long, très long même.
J’ai bien conscience que je risque gros mais j’ai du mal à la quitter. Je pense que je me complais dans mon statut de « petite chose fragile à protéger ». J’ai peur d’abandonner mon « cocon ».
Je sais pourtant qu’il le faut et j’espère trouver sur mon chemin les personnes extérieures à mon monde qui seront capables de m’aider à m’en sortir, à quitter les bras d’ana pour retrouver, ceux
bien réels, des personnes qui m’entourent et qui ne me laissent pas malgré ce que je leur fais
endurer.
A tous je dis merci d’être là puisque je ne trouve pas de mot plus fort pour exprimer ma
reconnaissance.
Une pensée pour Sabrina qui m’a encouragée à coucher mes pensées sur papier. Merci.
Je ne sais pas si ces mots seront lus par quelqu’un ni si cela m’aidera mais je l’ai fait et j’avoue
ressentir une petite pointe de fierté d’avoir pu écrire autant de lignes alors que je ne pensais pas
pouvoir aligner trois mots…

Sophie.

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