Corps et âme en éveil

Campagne pour l’Abolition totale des soins et de l’hospitalisation sans consentement

Le CHRUSP (Center for the Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry) lance une Campagne pour l’Abolition totale des soins et de l’hospitalisation sans consentement en application de la CDPH de l’ONU qui est un traité juridiquement contraignant qui exige cette abolition.

L’action consiste à publier des messages sur des blogs partenaires pour l’ouverture de la 15ème session du Comité des Droits des personnes handicapées de l’ONU, qui a lieu le 29 mars. L’initiative est internationale.

En tant qu’ancienne psychiatrisée la campagne a bien évidemment retenu mon attention et je souhaitais m’exprimer à ce sujet. J’ai du mal à me positionner en tant que militante, je ne peux pas être sur tous les fronts. Récemment j’ai adhéré au CRPA une association d’(ex)-usagers de la psychiatrie. Comme le nom l’indique – Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie – il s’agit pour moi de mener une réflexion profonde sur les questions d’internement illégales ou abusives et de dignité humaine.

J’ai été internée un an. Un an c’est long. J’ai passé l’été à l’hôpital. Le 24 décembre j’ai eu le droit à la première visite de mes parents. J’ai passé le réveillon enfermée entre 4 murs et gavée par sonde. J’ai vu le printemps arriver. A travers les barreaux d’une fenêtre. J’avais la chance de voir des nuées d’oiseaux. J’ai fêté mon anniversaire à l’hôpital fin avril. J’ai dû attendre l’été suivant pour sortir, à 48 kilos comme le voulait le contrat (et après avoir négocié tout de même). Un abus ? On me l’a dit, soigner une anorexie prend du temps. Je sors en juillet 2007. Juillet 2008 : 35 kilos. Rebelle ? Une patiente compliquée à soigner je le reconnais volontiers.

Quoi qu’il en soit cette hospitalisation m’a sauvé la vie. Au plus bas j’ai pesé 27 kilos. Je me souviens d’avoir eu peur le jour où j’ai convulsé. Je n’étais pas encore prête à mourir et j’ai vu la mort arriver. J’ai mis 8 ans avant de faire la demande d’accès à mon dossier médical et encore aujourd’hui je suis incapable de parler du traitement. Parce qu’à l’époque on ne me l’a pas expliqué, je me contentais d’accrocher moi-même les poches à la pompe nutritionnelle sans même regarder le nombre de calories qu’on me donnaient. Je ne pensais qu’à sortir. Je cognais contre les murs, cela m’occupait durant la journée.

Le liquide a fait son travail, j’ai repris du poids. Alors je ne comprends toujours pas bien pourquoi on n’a pas rediscuté des conditions de l’hospitalisation à ce moment-là. Je ne devais pas faire assez bien semblant de coopérer et les médecins ne s’y sont pas trompé, ne voulant pas me laisser sortir trop tôt. Mais voilà même après un an d’hospitalisation c’est un échec cuisant. Aurait-il fallu me garder 18 mois ? 24 ? Pas dans ces conditions… Encore maintenant je le dis sans crainte : cela ne pouvait pas marcher comme ça. Pas après ce qu’on m’avait fait, pas entre ces murs glauques et avec ces cris. Je suis peut-être trop sensible mais mon âme n’avait rien à foutre entre ces murs.

sans-titre

Aujourd’hui je sais qu’une hospitalisation peut très bien se passer. Quand on en comprend l’intérêt, qu’on adhère à la démarche, l’hospitalisation sous contrainte peut servir à protéger la personne en cas de péril imminent. Je ne m’y oppose pas. Je suis par contre pour lever la mesure le plus tôt possible et je vois d’un bon œil les nouvelles lois qui vont dans ce sens : à présent on voit un juge au bout de quelques jours. Cela peut permettre d’évaluer la situation, d’éviter l’enlisement, cela rassure l’usager. Je ne crois pas qu’aujourd’hui mon hospitalisation de 2006 aurait duré un an. Je sais par contre qu’il y a encore bien trop d’abus et des choses qu’on ne dit pas. Je suis pour briser le silence. Ce que j’ai subi n’est pas normal. J’étais violente mais on ne répond pas à la violence par la violence. Je me souviens de la queue lors de la distribution de médicaments. Je n’étais pas la plus médiquée mais j’avais le droit à une petite poignée de pilules tout de même. Je n’en comprenais ni le sens ni le but. Je me sentais mal avec ou sans médicaments. Cela manquait de chaleur humaine tout simplement.

Huit ans après c’était devenu vital pour moi de comprendre. Alors j’ai lu une partie de mon dossier. J’ai compris pourquoi mon père a signé (merci papa). J’ai compris pourquoi on m’a posé la sonde (merci aux médecins). Je ne comprends pas le pyjama, le verrou à la porte, l’absence de livres et d’activités. Le manque de dialogue. L’absence d’informations au sujet du droit des patients. La violence verbale et physique. Les humiliations. La perte de ma dignité.

La balance pèse lourd du côté des griefs. Trop lourd pour que je ferme ma bouche comme on m’a invité à le faire plus d’une fois. Et comme je le dis : quand on est en colère l’indignation ne suffit pas. Il faut agir. C’est ce que je tente de faire avec les moyens qui sont les miens.

Sabrina Palumbo

 

Partager cet article :
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailFacebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail