Corps et âme en éveil

Anorexie boulimie : la guérison d’Alexia

Je m’appelle Alexia, j’ai 27 ans. J’ai souffert de trouble Alimentaires, anorexie et boulimie. Ces troubles se sont installés discrètement, puis ont fait leur coming out fin 2011 alors que je voulais perdre quelques kilos superflus. Pour m’aider à les perdre, j’ai été habiter chez ma grand-mère, pour fuir les repas avec mes parents et frères et sœurs qui étaient riches. En deux mois, objectifs atteint, mais voilà, par peur de reprendre mes kilos, j’ai continué mon régime avec plus d’intensité, j’en étais fière ! Pour m’aider à stabiliser, j’ai été voir un nutritionniste réputé et conseillé par ma mère. Il a refusé de m’aider car j’étais anorexique il fallait que j’aille voir un psy…

J’étais encore dans le déni. Les kilos s’évaporaient, je sentais le regard de ma mère changer. Il devenait sévère et critique. Ma grand-mère s’est aussi inquiétée, je mentais à ma famille. Ils m’en ont voulu.

Le conflit commençait à s’installer entre ma grand-mère et moi, je suis donc retournée chez mes parents, j’avais pris conscience du problème mais ne voulais pas me faire soigner pensant être capable de m’en sortir seule.

Au fil des jours, des semaines, j’ai fini par accepter de rencontrer une psychiatre qui me prescrivait des compléments alimentaires que je ne prenais pas.

Les crises de boulimie liées à la dénutrition sont apparues. je passais ma vie dans les toilettes ou la douche, sans cesse à fuir, à me cacher des miens, pour ne pas les blesser, leur faire peur.

Je me souviendrais toujours de mon petit frère qui à l’époque avait 6-7 ans qui m’avait demandé pourquoi je vomissais tout le temps. Une autre fois, il a voulu réconforter une copine du centre de loisir (j’y travaillais) qui pleurait. Il lui a dit, « tu sais ce n’est pas grave, moi ma sœur elle pleure tout le temps tous les jours »… Comme cela m’a fait un électrochoc ! Mon poids ne cessait de descendre, je ne mangeais plus, j’étais en colère contre moi qui faisait du mal à mes parents, à ma famille. Mais cette même famille ne comprenait pas pourquoi j’avais fait ça, pourquoi je faisais du mal à mon corps en l’amaigrissant et en me coupant ?! « TU es pourtant une fille intelligente ! Tu aurais pu éviter ça ! »  «  Ce n’est pas compliqué de manger et de GROSSIR » L’incompréhension était trop présente, je ne comprenais pas pourquoi ils m’engueulaient, ils ne comprenaient pas pourquoi je faisais ça. Certains pensaient que je voulais mourir. Ma mère pensait que je voulais la faire souffrir elle et toute ma famille. Comment leur expliquer que je n’y étais pour rien ! Que peut-être le régime initial n’était pas la cause, mais seulement l’élément déclencheur qui a fait ressortir un mal intérieur, une douleur de l’âme. Mon cœur n’était pas en paix, il fallait que je trouve pourquoi.

Afin de protéger les miens, j’ai pris la décision de me faire hospitaliser, d’abord deux semaines en psychiatrie générale, puis avant de rentrer à la CMME à Saint Anne, je suis descendue quelques mois chez une de mes tantes qui a su me redonner gout à la vie ! J’ai repris quelques kilos, mais la boulimie prédominait ! Elle m’aidait elle et ses enfants, pas de jugement, pas de regard de travers. J’ai appris à vivre, à prendre du temps pour moi, je me suis éloignée de ce qui m’était néfaste.

De retour sur Paris pour l’hospitalisation qui a duré 4 mois, la relation avec ma mère était compliquée, nous voulions l’hospitalisation, mais selon elle celle-ci m’a infantilisée, car je pesais mes quantités pour avoir des repères alimentaires. Je réfléchissais, je n’étais pas guérie, car en effet, j’ai reperdu du poids, mais nos relations avaient changé, j’étais plus au claire avec mon histoire.

J’ai fini par quitter le cocon familial pour vivre avec celui qui m’a permis de reprendre tous mes kilos ! Celui qui me permet de garder confiance en moi. Sa famille que j’ai adoptée m’a aussi beaucoup aidée.

Aujourd’hui, je m’entends très bien avec ma famille, j’évite tous les conflits ou bien je ne me prive pas de dire ce que je ressens, je ne mets plus de masque, ni de filtre !

Je ne sais pas si je suis totalement guérie, car parfois certains comportements me viennent à l’esprit, j’arrive de mieux en mieux à les maitriser, mais je sais que la famille à une place importante dans les TCA, c’est un peu comme une crise d’ado, il y a un conflit lié au passé, on se révolte en faisant souffrir son corps et sa famille par nos actes jusqu’au moment de la compréhension et l’acceptation. Pour ma part, je ne sais pas trop si il y a eu du soutient, mais comme toujours, j’ai voulu faire plaisir et arrêter de faire le mal autour de moi, j’ai donc pris le taureau par les cornes en allant de l’avant, en faisant un trait sur ma vie passée (enfin pas totalement, j’ai gardé le meilleur) et en recommençant une nouvelle vie post hospitalisation (de jour). Aujourd’hui, je n’aborde plus le sujet de la maladie avec quiconque de ma famille, en revanche je ne cache pas non plus ce passé douloureux, car j’estime qu’il est nécessaire de partager plutôt que d’enfouir ou que le passé nous rattrape.

J’ai 27 ans, j’ai vécu 26 ans en ile de France, dont 21 ans à Paris. Aujourd’hui, je suis dans le sud de la France, loin de toute cette vie de douleur. Je me suis éloignée de ma famille, et cela nous a rapprochés. Ma famille au sens large m’a aidée, m’a famille au sens stricte a été maladroite, mais c’est normal, j’étais ingérable.  Nos erreurs font de nous des personnes vivantes et aimantes. Qui ne tente rien n’a rien. Ils ont tentés, et je suis encore là !

 

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